Tic tic tac
Il y a de ces choses qui nous collent à la peau longtemps.
À l’école primaire, à chaque fin d’année, un gala Méritas était organisé. Les élèves qui le voulaient pouvaient faire un numéro et en première année, j’avais eu envie de participer et de faire un truc en solo.
Je ne me rappelle pas de l’émission en question mais j’écoutais une émission X à cet âge-là et une petite comptine était récitée. Je n’ai jamais su le titre mais grâce à moi, ça a été renommé « Tic tic tac » à la grandeur de l’école.
Je savais que je voulais faire un numéro au gala mais je n’avais pas d’idée. L’idée de la comptine était venue de ma mère, en toute bonne foi, je n’en doute point.
Ce gala Méritas a changé ma vie. Parce que c’est à partir de ce moment-là que ma vie scolaire est devenue un enfer. Littéralement.
On me battait, on me singeait, on m’écoeurait. Suffisait qu’un enfant dise « Tic tic tac » dans la cour d’école pour que tous se mettent à me pointer du doigt en riant méchamment.
Quand j’ai changé d’école en 6e année, on m’interpellait encore dans la rue avec « Tic tic tac ». Au secondaire, je recroisais des gens de l’école primaire parfois et on me disait avec un sourire en coin : « Ah ouais, c’était toi han, tic tic tac? »
Encore récemment, sur Facebook, une ancienne de mon primaire m’a contactée en me demandant si je me rappelais de « Tic tic tac. » Misère…
La semaine dernière, ma mère m’a remise une autre boîte de vieux cossins et là -dedans, il y avait l’enregistrement vidéo de ma performance au gala Méritas où je faisais « Tic tic tac ». Je me suis dit qu’il serait temps que je tourne la page et que je regarde ça pour en rire.
J’ai fait sacrer le Détracteur dimanche après-midi en lui demandant d’aller jouer dans le paquet de fils emmêlés derrière la télé pour brancher le VHS. J’ai inséré la cassette dans le lecteur et j’ai appuyé sur « Play ». Comble de bonheur, le ruban avait été mis juste avant que je ne monte sur la scène.
Je n’avais aucune appréhension (étrangement) avant de regarder le vidéo et je n’avais pas raconté au Détracteur à quel point cet épisode de ma vie avait constitué une épine dans le pied.
Quand je me suis vue, mon sang s’est glacé. L’accoutrement était horrible, mes lunettes me faisaient paraître pour une trisomique (je ne me moque pas, je constate) et la petite chorégraphie inventée par le directeur (ou la professeure, je ne me rappelle plus) me donnait un air vraiment débile. Ajoutez à cela que j’étais visiblement mal à l’aise. Tous les ingrédients nécessaires pour un désastre y étaient. Surtout que la comptine en question était ridicule.
Sur l’enregistrement, on entendait déjà les enfants se moquer de moi. Et même quelques parents. Ainsi que mon amoureux dans le salon qui ne pensait pas mal faire.
J’ai senti ma poitrine se serrer. Une chance que je voulais garder une contenance parce que je crois que j’aurais pleuré toutes les larmes de mon corps.
Putain, à quoi tout ce beau monde-là avait pensé? Le directeur, qui faisait les auditions, il ne se doutait pas que ce numéro-là signifierait ma mort dans la cour d’école?
On ne le saura jamais.
Et comme quoi il y a des souvenirs parfois qui sont mieux de rester dans des vieilles boîtes.
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N’empêche que parfois, quand je songe que j’ai mieux réussi que la grande majorité de ces p’tits !@#%?…
Je vais laisser les points de suspension, finalement.









