Catégorie : Lutte pour le français

Karim le chauffeur de taxi montréalais

Par Noisette Sociale, 27 janvier 2010 12:15

taxi-image1Ça fait environ deux ans que je fais appel occasionnellement aux services des chauffeurs de taxi à Montréal… Et ça fait environ deux ans également que je n’ai aucune chance avec les chauffeurs de taxi en question.

Je suis athée de mon état et bien que j’y fasse allusion parfois, ici ou ailleurs, c’est rarement un sujet que je vais choisir pour débuter une conversation. Allez savoir pourquoi, pour les chauffeurs sur lesquels je suis tombée par le passé, c’est comme si c’était écrit dans mon front parce que tous, sans exception, ont essayé de m’évangéliser sur le champ.

Ils étaient soit Témoins de Jéhovah ou membres de l’Église évangélique, la croix bien pendue au miroir et me sermonnaient sur ma non-croyance. Il y en a même un qui a déjà poussé l’audace jusqu’à me dire que j’allais clairement finir en enfer et je me demande encore aujourd’hui si je n’aurais pas dû porter plainte à la compagnie plutôt que de me contenter de rire aux éclats.

Je ne m’éterniserai pas sur le sujet de la foi chez les autres et de l’absence de celle-ci chez moi parce que ça pourrait rapidement devenir délicat et ce n’était pas mon intention aujourd’hui. J’ai plutôt envie de vous raconter une rencontre rafraîchissante avec Karim, le chauffeur de taxi exceptionnel.

Je quittais de gentilles personnes hier soir pour me diriger à la maison. En entrant dans le taxi, le chauffeur me demande si je reviens de chez des amis ou si je vais chez des amis. Je lui dis que je m’en vais chez moi et que ma journée avait déjà été assez remplie à mon goût. On fait connaissance un peu et comme à chaque fois que j’en ai l’occasion, je demande s’il connaît le sympathique Pierre-Léon que j’avais justement rencontré brièvement dans la soirée. Oui, il avait entendu parler et de fil en aiguille, on commence à parler de livres et de blogues.

Je lui révèle que je tiens moi-même un blogue. Il me demande de quoi je parle sur celui-ci. Je ne sais jamais quoi répondre à cette question-là mais je lui dis que grosso-modo, je touche un peu à tout : réflexions personnelles, politique, enjeux sociaux, etc.

« Ah! Tu dois parler des accommodements raisonnables, alors!

- Hum, non, pas vraiment. Mais… »

Le débat était lancé.

Les immigrants s’intègrent-ils bien à notre culture? Et pourquoi la langue française se porte si mal à Montréal?

Le temps à passé trop vite. Nous étions en train d’élaborer l’ébauche d’une réponse.

(Évidemment, je ne vous laisserai pas comme ça. À propos du français à Montréal, j’ai soutenu que le principal problème était les Montréalais francophones eux-mêmes car souvent trop contents de « pratiquer » leur anglais lorsque mis devant un anglophone. J’ai dit penser également que l’être humain étant un être généralement paresseux, il ne verra pas la nécessité d’apprendre une autre langue si on l’accommode sans cesse dans sa langue à lui. Que s’il existait des personnes de 80 ans à Westmount qui n’ont jamais été capables de prononcer un mot de français malgré le fait qu’ils ont toujours vécu à Montréal, c’est parce qu’on leur avait en quelque sorte permis de vivre en anglais.

Nous étions d’accord là-dessus et j’étais contente d’avoir trouvé un compatriote qui insistait pour se faire servir en français dans certains commerces montréalais, quitte à s’en aller si ça ne fonctionnait pas. Pour paraphraser Louis-José Houde, on essaie toujours de rappeler à certains où ils sont, c’est-à-dire dans un État francophone.)

Outre le débat qui était très intéressant, il y avait la présence d’une complicité instantanée, une espèce de chimie que j’ai connue trop peu souvent. J’ai su que c’était réciproque quand, avant de sortir de la voiture, il s’est tourné pour me serrer la main chaleureusement et pour me dire à quel point il était heureux d’avoir fait ma rencontre. Et moi donc!

On s’est promis de se retrouver pour débattre de ça ou de tout autre sujet d’actualité quand l’occasion se représenterait. On a échangé nos coordonnées et il m’a promis de venir faire un tour ici.  J’espère que j’ai bien rendu l’événement.

Tout ça pour dire qu’il y a des rencontres inattendues qui sont rafraîchissantes et qui font vraiment plaisir. En sortant de sa voiture, j’avais l’impression d’avoir fait le plein d’énergie pour une semaine.

Et la prochaine fois que j’aurai besoin d’un taxi, je saurai qui appeler en premier.

Merci Karim. :)

Désillusion passagère…

Par Noisette Sociale, 25 janvier 2008 10:10

carte_quebec_grande.jpgPour ceux qui ne s’en doutaient pas déjà, eh bien je vous l’annonce : Je suis une fervente indépendantiste.

Je suis passée par toutes les gammes d’angles de perception possibles pour garder la foi dans la possibilité de réaliser ce grand projet de pays. J’ai voulu croire en mon peuple.

Depuis deux ans, avec le contexte politique catastrophique (en mon sens) , pour garder le moral, j’ai décidé d’adopter la thèse du pire. L’alignement des planètes favorisaient nettement cette dernière :

  • Le scandale des commandites finit par être dévoilé au grand jour. J’étais presque reconnaissante envers les libéraux fédéraux qui nous offraient un argument de plus qui était béton.
  • Lorsque les Conservateurs ont pris le pouvoir (minoritaires, mais tout de même!) à Ottawa, je me suis dit qu’au bout du compte, ça ne pourrait qu’être une bonne chose car les Québécois ne pourraient faire autrement que de se réveiller.
  • Quand Stéphane Dion a pris la tête du Parti Libéral du Canada, c’est un rêve qui se concrétisait. Je n’aurais jamais cru que mes fédéralistes préférés feraient un choix aussi suicidaire. C’était trop beau.
  • Quand Jean Charest a repris le pouvoir (minoritaire, mais tout de même!) à Québec avec l’ADQ comme opposition officielle, j’ai pleuré. J’ai craint pour notre sociale-démocratie comme jamais. Je me suis consolée en me convainquant que là, mon peuple ne pourrait faire autrement que de se lever pour de bon. J’ai presque réussi à me réjouir.
  • Quand André Boisclair a quitté la chefferie du PQ pour être remplacé par Pauline Marois, j’ai arrêté de détester profondément le PQ (et plus particulièrement ses membres) comme je l’avais fait depuis les deux dernières années. Même si matante Pauline n’avait pas été mon premier choix lors de la course à la chefferie, je me suis dit que de toute façon, personne n’aurait fait pire qu’André Boisclair.

Non. Le calme plat. Ça allait prendre quoi ?

Les études s’accumulent sur la détérioration de la condition du français, en particulier à Montréal. Les enfants ayant le français comme langue maternelle sur l’île sont devenus minoritaires. On nous dit qu’on s’alarme pour rien.

On nous montre que l’on recommence à avoir des difficultés à se faire servir en français dans les commerces et même dans les hôpitaux. On s’énerve le poil des bras pendant une journée ou deux mais finalement, on se dit que ben non, on exagère sûrement.

Ce matin, nous apprenons que Postes Canada a volontairement omis d’inscrire la fête de la Saint-Jean-Baptiste sur le calendrier destiné à l’ensemble de ses employés alors qu’y figurent le Yom Kippour, la Journée nationale des Autochtones, le Rosh Hashanah, le Ramadan, la Saint-Patrick, etc.

Non.

Le Québec est à l’image du parti de Mario Dumont : Pendant une journée, on gueule et on trouve qu’il faudrait vraiment faire « quelque chose »… puis le lendemain, on oublie et on passe à un autre appel.

Excusez-la.

C’est tellement vrai que ça me désole

Par Noisette Sociale, 17 janvier 2008 22:29

Depuis hier que je lis et relis avec délice (et désolement tout à la fois) le dernier billet dans le blogue de Joseph Facal à propos du débat sur la langue française qui a cours au Québec depuis la plus récente enquête du Journal de Montréal.

J’ai envie de partager avec vous l’extrait le plus frappant de son article qui met en lumière une attitude que je vomis depuis déjà plusieurs années :

« Depuis des générations, une partie de son élite lui prêche qu’il y a toujours moyen de moyenner,  qu’il ne faut surtout pas se «chicaner», qu’il faut être «ouvert», «moderne», «tolérant», que toute posture un peu verticale équivaut à vouloir rejouer la bataille des Plaines d’Abraham. »

J’ai envie de hurler ma rage, ma révolte, mon désarroi, mon mépris…

Traductions libres des expressions tirées de l’extrait précédent :

- Il y a toujours moyen de moyenner : Bah! Occupe-toi pas de ça, c’est pas vraiment important, dans le fond. On va vivre avec, qu’est-ce tu veux…

- Il ne faut pas se « chicaner » : Même si je suis convaincue que personne n’aime la chicane, au Québec, on se sert de ça comme excuse à chaque fois qu’on veut justifier notre inaction. L’équivalent de nos mères qui nous disaient, à l’école primaire, quand on se faisait écoeurer méchamment de façon récurrente : « Bah, laisse-les faire, ils vont se tanner. »

- être « ouvert » : Être naïf et croire en tout temps et dans toute situation que « tout le monde est beau et tout le monde il est gentil »

- « moderne » : Accepter de ne pas se faire respecter tout comme ne pas se respecter soi-même : c’est dans l’air du temps.soumission.jpg

- « tolérant » : Permettre à tous de profiter de la situation… ou de notre inaction. Ça revient au même.

- « toute posture un peu verticale (…) » : On crie qu’on ne se tient pas assez debout et qu’on est trop mous pour s’affirmer… mais dès que quelqu’un le fait, on le juge et on trouve que c’est un comportement excessif.

J’ai envie d’être sur une scène de théâtre… juste parce qu’il n’y a qu’à un tel endroit qu’il est pertinent de déclamer… pour déclamer ceci :

Désillusion! Désillusion! Ohhhhhhh toi, oh vive désillusion! S’il te plaît, je t’en conjure…. Désillusion… SORS DE CE CORPS !!!

Vouloir se faire servir en français… c’est du chiâlage ?

Par Noisette Sociale, 14 janvier 2008 13:44

speak white Le Journal de Montréal a effectué une enquête dernièrement sur la situation du français dans les commerces montréalais. Une journaliste a été embauchée dans une quinzaine de commerces du centre-ville avec un CV rédigé uniquement en langue anglaise et s’est uniquement exprimée en anglais durant les entrevues. Elle leur précisait même qu’elle ne pourrait pas dire plus que « bonjour » ou « merci » en français. (Ce qui n’était pas réellement le cas, la journaliste en question était une francophone qui s’exprimait facilement en anglais, sans accent.)

Je vous incite fortement à lire l’article qui résume l’enquête et ses résultats ici.

Extrait :

« Dans les 14 autres commerces, les patrons jugeaient que ses lacunes en français n’étaient pas très importantes, et ce, malgré les plaintes de la clientèle. «Ce n’est pas grave, ces clients-là sont chialeux», disait notamment une patronne. Une gérante francophone est même allée jusqu’à demander l’assistance d’une employée bilingue pour traduire l’entrevue d’embauche de la journaliste. »

( Aucun respect dans le premier cas… et AUCUNE FIERTÉ dans le deuxième cas.)

JE SUIS RÉVOLTÉE.

Je n’ai rien de plus à dire sur le sujet.

Pour ceux qui sont choqués aussi et qui appuient la cause de la défense du français à Montréal, je vous réfère au Mouvement Montréal Français. Nous ne serons jamais assez de militants! Sinon, vous pouvez également faire un don par Paypal.

Il faut vraiment être naïf pour croire que le Français n’est plus menacé à Montréal…

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