Catégorie : Plaies de société

«Toé man té chanceux paske j’t'aurais tué avec un gun»

Par Noisette Sociale, 9 février 2010 17:18

J’étais la seule debout au milieu du wagon de métro, la main sur le poteau de droite, iPod sur les oreilles quand je les ai vus entrer.

4 têtes vides. 4 individus âgés entre 14 et 16 ans peut-être… déguisés en Eminem ou quelque chose du genre.

Les têtes vides me font peur parce qu’elles sont imprévisibles. Surtout, j’ai un sixième sens aiguisé pour les reconnaître. Après tout, quand on a grandi dans l’est, on en a vue assez pour savoir les identifier rapidement.

4 têtes vides sont entrées donc, dans mon wagon tranquille. Ils se sont précipités vers les portes closes derrière moi.

Le train s’est mis en branle… et s’arrêta brusquement deux ou trois secondes après. Courte accalmie. Le train se met en branle, prise deux. Même chose. Arrêt brusque et désagréable. Je manquai pour une deuxième fois de me casser la gueule. (Car je n’ai pas d’équilibre, vous savez?)

Je me retourne vers mes 4 compagnons et je comprends vite qu’ils sont à la source du problème. Ils jouaient à ouvrir les portes. Ils s’apprêtaient à réessayer d’ouvrir la porte pour la troisième fois. J’ai entendu, malgré mes écouteurs : « HEILLE, ça va faire, là! »

La marde était pognée.

Véritable parade d’intimidation de mes 4 jeunes cons envers les passagers du wagon qui ont osé ouvrir la bouche. D’un côté, trois hommes dans la cinquantaine avec de bonnes intentions. De l’autre, 4 plaies qui savaient uniquement dire : « Fuck you tabarnak de fuck ».

Le manège a duré pendant deux ou trois stations. Quand ils sont finalement sortis, un des jeunes a lancé à un des hommes qui s’étaient interposés : « Toé man té chanceux paske j’t'aurais tué avec un gun. »

Rien de moins.

J’étais bouche-bée. Flabergastée. Sur le cul. [Insérez ici une autre expression connexe.]

Puis j’avais honte.

Je regardais le plancher exactement comme ceux qui sont assis dans l’autobus le matin et qui font semblant de ne pas avoir vu la femme enceinte qui vient d’entrer.

Pourquoi je n’avais rien dit? Rien fait?

Je me suis rappelée la fois… je devais avoir 17 ans. Une gang de yos dans l’autobus qui arrêtaient pas d’écoeurer un ami avec qui j’étais. Ils le traitaient de tapette et lui soufflaient dans les cheveux. Je m’étais levée sans rien dire, j’avais spotté le chef de la gang et je lui avais servi une sale claque en arrière de la tête. J’étais retournée m’asseoir, avec un visage de marbre. L’histoire s’était terminée aussi vite qu’elle avait commencé.

En vieillissant, on perd ce cran-là, cette espèce d’insouciance face au danger. Puis y’a la question de la légalité aussi…

Enfin, je m’en voulais de ne pas avoir réagi. De ne pas avoir dit moi aussi à quel point c’était con d’agir comme ils ont fait. Ce n’est pas dans mon habitude de ne rien faire, de ne rien dire.

Mais avec les têtes vides, on ne sait jamais.

Et je pense que la phrase que le petit bum a lancé en sortant, je vais l’avoir longtemps prise au fond de la gorge. C’était vraiment… traumatisant. C’est la première fois que j’entendais quelque chose de la sorte. Avoir envie de tuer quelqu’un pour un simple avertissement! La violence avec laquelle il l’a dite… Puis le monsieur auquel c’était adressé, il avait tellement été correct…

Le p’tit, ça ne m’étonnerait pas de le retrouver plus tard dans une colonne de faits divers avec une citation du genre : « Ben pourtant, c’était tellement un bon p’tit gars. Fin pis toute. »

J’espère quand même qu’il va se rendre compte à temps qu’il est sur une mauvaise lancée. Je l’espère vraiment.

Constat éclair (13)

Par Noisette Sociale, 14 janvier 2010 15:50

Si les parents arrêtaient de payer les études post-secondaires à leurs enfants, peut-être qu’on aurait beaucoup moins de taches de marde dans nos cégeps et universités…

(Un raisonnement plus détaillé suivra peut-être, éventuellement, à ce sujet. Quand j’aurai un peu de temps libre…)

Occupation Double ne forme pas à commenter l’actualité

Par Noisette Sociale, 18 novembre 2009 12:51

dumont360Il m’arrive de regarder l’émission Dumont 360 quand ma journée de travail se termine tôt… ou quand la grippe m’agresse comme c’est le cas depuis le début de la semaine.

Je suis une jeune incorrigible parce que je ne peux m’empêcher, dans certains cas, de regarder des émissions qui me font sacrer et qui me renforcent négativement dans mes positions.

Il y a un segment dans cette émission qui contribue tout particulièrement à ce que je m’arrache les cheveux et c’est celui où Mario et son acolyte Martin Pelletier débattent d’une dizaine de sujets d’actualité à raison de 90 secondes accordées par sujet. Je n’ai pas compris encore s’il fallait prendre les deux commentateurs au sérieux dans cette partie de l’émission ou non mais ce qui est sûr, c’est que ça pue la mauvaise foi à plein nez à chaque fois.

Par exemple, hier soir, ils ont abordé la nomination de Richard Bergeron au conseil exécutif de la ville de Montréal alors qu’il s’occupera d’urbanisme.

Martin Pelletier se lance et dit tout de suite qu’il n’y avait pas grand chose dans la plateforme de Projet Montréal au niveau de l’urbanisme, à l’exception de la rue Ste-Catherine piétonne. Je levais déjà les yeux au ciel et il s’empressa d’ajouter : (Je cite de mémoire.)

« Ce que monsieur Bergeron ne sait pas, c’est que ça fait déjà très longtemps que la rue Ste-Catherine est piétonne. Oui oui. Ça s’appelle le Montréal souterrain. »

Ça faisait déjà un petit bout de temps que je me demandais d’où provenait cet hurluberlu qui gagne maintenant sa croûte à dire des âneries…

Je me suis lancée sur mon MacBook pour faire une recherche Google.

Ah, j’ai appris qu’il faisait aussi des petites chroniques insignifiantes au Show du matin, au même poste. Vous en visionnerez quelques unes si vous avez envie de voir quelque chose de très mauvais.

Je continue de regarder les résultats de recherche… et voilà que tout s’explique.

Monsieur Pelletier a fait ses débuts à la télé comme participant à Occupation Double, une émission qui, je vous le rappelle, regroupe l’ensemble de l’intelligentsia québécoise.

Je trouvais déjà que de passer du spa d’Occupation Double à porteur ou porteuse de valise, c’était un avancement trop important, voilà que certains deviennent simili-chroniqueurs.

À quoi bon les études, travailler fort, se casser la tête pour faire des analyses (ainsi que sa place) quand on a juste à aller faire la guidoune dans une télé-réalité?

Je vous le demande.

*soupirs*

Critique éclair (4)

Par Noisette Sociale, 26 octobre 2009 10:36

Stéphane Rousseau à TLMEP hier : Une ostie de tache de marde.

Il faut que je le dise, en partant, j’ai beaucoup de difficulté avec les artistes qui sont apolitiques. Quand ils en sont fiers, c’est pire que pire.

Hier soir, en début d’émission, Martin Matte essayait de s’exprimer un peu au niveau politique. Moi qui le soupçonne depuis longtemps d’être plutôt fédéraliste et plutôt de droite, j’avais envie de confirmer ou d’infirmer ma théorie.

On l’a jamais su parce que Stéphane Rousseau n’arrêtait pas de faire le con à côté. Il baillait exagérément ou lui coupait sans cesse la parole.

Même Martin Matte, avec un air un peu embarrassé, lui a glissé assez fort pour qu’on l’entende que « tsé Stéphane, c’est parce qu’il y a du monde que ça intéresse, la politique ».

Au cours de l’émission, des sujets touchants à la politique ou aux enjeux sociaux sont revenus sur le tapis. Rousseau faisait le cabochon à chaque fois et souvent, faisait avorter les discussions.

À la fin, je pense que je l’aurais mis dans une valise de char.

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Commentaire boni : Je suis tellement contente que Gilles Taillon soit rendu à la tête de l’ADQ. Le parti était déjà à l’agonie, là c’est sûr que ça va l’achever.

Autre commentaire boni : Gilles Taillon à TLMEP hier : ZZZZZZZZZZzzzzzzzzzzz

La misère de l’hypocrite

Par Noisette Sociale, 14 août 2009 12:29

Hier, un peu avant midi, dans l’ascenseur…

Poupoune 1 : (larmoyante) « Ahhhh, ça me tente tellement pas, là.

Poupoune 2 : – Han? De quoi?

Poupoune 1 : – C’est parce que là, une fille m’a demandé pour dîner avec aujourd’hui pis t’sais, tu sais comment que c’est… Si je lui avais dit non, ben elle se serait réessayée pour demain, ou pour lundi, ou pour à quelque part la semaine prochaine. Mais elle me tape tellement sur les nerfs, là!

Poupoune 2 :  – Ah ouin, ha ha.

Poupoune 1 : – Tk. (soupirs) Au moins ça va être fait. Après, je devrais avoir la paix pour au moins un mois. (sourire contrit)

Poupoune 2 : – Ha ha, ouin. »

ratPas facile d’être hypocrite, hein?

Moi, ça me fascine à quel point ces personnes-là trouvent toujours le moyen en plus de se justifier (en manquant généralement de crédibilité) pour leurs actions.

Je ne sais pas pourquoi mais moi, ça ne m’arrive jamais, des affaires comme ça.

Oh bien sûr, il arrive qu’il y ait des dîners de groupe qui sont organisés et souvent, ça ne me tente pas d’y aller parce que j’angoisse quand je suis en groupe ou parce que je ne suis pas trop en moyens… mais je finis toujours par y aller parce que j’apprécie ces personnes. Si je ne les aimais pas, je n’irais tout simplement pas.

Je ne dîne jamais (ou soupe ou déjeune) en tête-à-tête avec quelqu’un qui me tape sur les nerfs ou que je n’apprécie pas vraiment.

Par contre, à chaque fois que j’entends des bouts de conversation dans le genre de ce que j’ai mis un peu plus haut, je deviens insécure.

Systématiquement, je commence à repasser dans ma tête la liste des gens qui composent mon cercle social et à chaque nom, je m’arrête pour me demander si je ne serais pas une tache de marde pour la personne. Je finis toujours par conclure que je pense que je me tiens essentiellement avec des gens authentiques mais… comment en être certaine à 100% ?

Il me semble que ce n’est pas difficile d’être authentique. C’est bien moins de trouble en plus. Comment peut-on se mêler dans ses mensonges quand on n’en commet pas?

J’ai fait exprès aussi de mentionner que c’était des poupounes. Pas que toutes les poupounes soient comme ça mais souvent, les pires hypocrites sont des poupounes. (Jugement de valeur, ici et j’assume.) Ce n’est pas pour rien que je méfie des poupounes, j’ai toujours peur de me faire avoir.

Enfin, des exemples comme celui ci-haut, j’en suis témoin trop souvent et à chaque fois, je suis de plus en plus dégoûtée. Ça m’affecte à un niveau que vous ne pouvez même pas vous imaginer.

Pauvre fille inconnue qui ne se doutait de rien.

J’espère que je ne suis pas une de ces filles-là… qui ne se doutent de rien…

Flou autour du tunnel Louis-H Lafontaine ou comment ébranler ma confiance envers certains profs du primaire

Par Noisette Sociale, 29 juillet 2009 12:51

Le titre peut vous sembler absurde (et il l’est autant que l’histoire que je m’apprête à vous raconter) mais vous comprendrez quand vous arriverez à la fin de ce texte.

tunnelJ’ai grandi dans l’est de la ville de Montréal et le tunnel Louis-H Lafontaine est fortement lié à plusieurs de nos escapades familiales en voiture. Mon père prenait bien soin de préciser à chaque fois qu’on passait dans le tunnel « qu’on s’en allait sous l’eau ». Idem pour toutes les fois où on passait devant une certaine usine de la rue Notre-Dame. « C’est là que papa travaille. » C’était des faits immuables.

Un jour, j’ai fait mon entrée à l’école primaire et ça a bouleversé ma conception du monde. Les vérités immuables appartenaient désormais à l’école et tout ce que je pouvais apprendre en-dehors était devenu matière à remise en question. (Ce qui, à priori, n’était pas une mauvaise chose.)

J’avais des enseignantes du vieux régime qui étaient toutes à une année ou deux de la retraite. Elles m’ont entre autres appris *tousse* qu’il ne fallait jamais remettre en question *tousse* l’existence de Dieu *tousse tousse tousse et re-tousse* et que mon père était probablement un motard *tousse* parce qu’il faisait partie d’un groupe de heavy metal *étouffements continus*.

Farce à part, vous comprendrez que ce n’est pas avec elles qu’on a appris l’ouverture d’esprit. D’ailleurs, il était de bon ton de mépriser le seul immigrant de la classe parce qu’il appartenait à une confession autre que catholique (protestante, je crois). Je me rappelle encore de la façon dont on se mettait à 28 pour le regarder avec dégoût quand il s’en allait, la mine honteuse, à son cours de morale.

C’est ainsi qu’une bonne journée, pour une raison qui m’échappe, notre enseignante a commencé à nous parler des grandes constructions et du pont Louis-Hippolyte Lafontaine en particulier. Une main s’est levée à cette énonciation pour dire : « Ã‡a madame, c’est le pont qui va en-dessous de l’eau, han? »

Notre chère *tousse* enseignante de lever les yeux au ciel et de répondre de la façon la plus bête du monde : « Ã‡a c’est ce que vos parents vous racontent mais ce n’est pas vrai. Comment voulez-vous qu’un pont aille en-dessous de l’eau? »

Et elle est partie sur une diatribe pour nous raconter que le tunnel Louis-H n’a jamais été un vrai tunnel et que c’était en fait un [terme qui m'échappe] et qu’il fallait vraiment être naïf pour croire qu’un pont puisse aller sous l’eau.

Je me rappelle encore de tous les visages déconfits, dont le mien. Mes yeux devaient laisser voir autant de déconfiture que d’incompréhension. S’ensuivit ensuite la rage et le sentiment de trahison. Mon père, qui pour moi était l’être suprême, avait-il vraiment osé me mentir?

S’ensuivit éventuellement une discussion au souper qui trouva probablement une conclusion du genre : « Je te l’avais dit, ma femme, que sa prof c’est une tabarnak de folle. »

Je n’avais pas vraiment repensé à cette histoire avant lundi soir, le tunnel Louis-H étant loin dans la liste de mes préoccupations quotidiennes.

Lui et moi, on regardait l’émission Chantiers à Historia. Le sujet du jour étant évidemment la construction du fameux tunnel. En visionnant les images où on voyait clairement comment les ouvriers avaient réussi à mettre en place un tunnel sous l’eau, j’ai ressenti un genre de malaise. Le souvenir de cette matinée scolaire m’est instantanément revenu en tête et j’ai glissé à l’amoureux qu’à l’école, étant jeune, j’avais appris que le tunnel n’allait pas sous l’eau. Son exclamation de totale surprise était éloquente.

Ma prof du primaire était vraiment fêlée.

J’espère sincèrement qu’on sélectionne nos professeurs aujourd’hui avec un peu plus de rigueur.

J’ADORE…

Par Noisette Sociale, 10 mars 2009 08:33

… quand il écrit comme ça.

Avec ses tripes.

Je sens que ça va en choquer quelques uns, pour toutes sortes de raisons.

Mais j’endosse.

Complètement.

Et celui-là offre un bon complément.

Je ferme les commentaires ici… question de vous laisser plutôt commenter là-bas.

Lâcher prise

Par Noisette Sociale, 12 février 2009 12:48

D’accord, je vais lâcher prise.

Je vous promets (ou du moins je vais essayer) de ne plus jouer à la publication/ »dépublication » de billets. Ça me tanne et vous aussi.

Mais c’est que y’a des événements récents qui font en sorte que je me pose certaines questions.

Jusqu’où on a le droit de dire publiquement, que ce soit sur un blogue ou autre, qu’une personne en particulier se comporte comme une plaie d’Égypte?

Au nombre de fois où j’entends ou lis des gens traiter telle ou telle personnalité publique de tous les noms sur des espaces publics, je me questionne. Admettons que j’écris sur mon blogue que je trouve que tel artiste est un raté fini… est-ce qu’il peut me poursuivre? Et s’il le peut, va-t-il perdre son temps à le faire?

Parfois, la ligne est mince entre la critique, l’insulte et la diffamation.

Si je ne rapporte qu’un paquet de faits, des suites d’événements, des citations d’une personnalité publique pour « prouver » à quel point elle est ridicule, est-ce que je vais à l’encontre de la loi?

Et si je fais la même chose mais avec une personne qui n’est pas connue du grand public? Si je dis sur ce blogue que tel blogueur est un câlisse de sans-dessein, ça tient de l’opinion personnelle… Mais peut-il me poursuivre parce que je l’ai insulté?

Je vous le demande.

Rejet homophobique

Par Noisette Sociale, 3 décembre 2008 13:46

Secondaire 3. Âge approximatif: 15 ans.

À l’époque, ma meilleure amie s’appelait… disons… Moronie.

J’étais mince et jolie. J’avais confiance en moi. J’avais un chum avec qui je faisais plus que lui tenir la main.

Moronie était jalouse de moi car même si elle était jolie elle aussi, elle était grosse et n’avait aucune confiance en elle. Elle voulait avoir tout ce que j’avais. Elle me bousculait sans cesse pour avoir les détails croustillants de ce que je faisais avec mon chum, question de pouvoir vivre ma relation par procuration.

C’était malsain.

Mais à un moment donné, mon impatience aidant, elle a commencé à lâcher le morceau et à porter son attention sur un autre garçon. J’étais soulagée et je l’encourageais fortement dans cette voie.

Moronie n’avait aucune expérience avec les garçons. Elle n’en avait jamais embrassé un. Ce constat l’angoissait de plus en plus à chaque jour qui passait.

Jusqu’au jour où elle me demanda candidement si je pouvais lui donner des « cours » sur comment embrasser un garçon.

Un classique. Pareil comme dans les films d’ados.

kiss1Elle voulait qu’on frenche. Le marché était le suivant: Lorsqu’elle m’embrasserait, elle penserait au garçon qui faisait battre son coeur et moi, en l’embrassant, je penserais à mon chum. Si le baiser devenait plus passionné, ça serait évidemment parce qu’on aura pensé très très fort à notre garçon respectif.

Donc, on a frenché. À plusieurs reprises. C’était rendu à un point que lorsqu’elle m’invitait à dormir chez elle, je savais ce que ça impliquerait. On frencherait.

Après une séance particulièrement intense, je me rendis compte que j’étais troublée. Moi qui avait toujours cru être hétérosexuelle à 100%, j’ai commencé à douter.

De mémoire:

Moi: « Moronie… il faut que je te dise quelque chose…

Moronie: – Ben voyons, qu’est-ce que t’as? T’as ben l’air bizarre…

Moi: – Ben… Je sais pas comment te dire ça… Mais t’sais, quand on s’embrasse… Je pense que j’aime ça. Je veux dire… Je sais que je ne suis pas amoureuse de toi mais là, je me sens perdue… Je…

Moronie: – Heille. T’as pas arrêté de penser à ton chum pendant qu’on s’embrassait?

Moi: – Je ne sais pas trop…

Moronie: – (avec dureté) T’es en train de devenir lesbi.

Moi: – Ben non! Ben… (…) Je le sais pas!

(La notion de bisexualité m’était encore complètement inconnue à cette époque.)

Moronie: – T’es en train de devenir lesbi. C’est dégueulasse. (…) J’en reviens pas. (criant) BEN MOI, JE VEUX PAS DEVENIR LESBI.

Moi: – (criant aussi) BEN LÀ!! ÇA SE TRANSMET PAS DE MÊME!

Moronie: – (criant plus fort) TU M’ÉCOEURES!!!! »

Et Moronie de s’enfuir en courant. (Nous étions à l’extérieur, dans un terrain vague.)

Notre amitié s’est brisée à ce moment-là.

Dans les corridors de l’école secondaire, elle m’évitait comme la peste.

J’ai eu de la chance qu’elle ne transmette pas la « bonne nouvelle » à toutes les filles de l’école.

C’est sûrement pour ça que j’avais fini par oublier ça…

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Quelques années plus tard. Âge approximatif: 19 ans

Pour moi, l’épisode précédent n’était plus qu’un lointain souvenir.

Moi, ma meilleure amie actuelle et une autre copine avions décidé de sortir ce soir-là. Nous nous étions mises belles comme des coeurs.

On s’en allait danser dans un club de ginos parce qu’on avait des passes qui nous garantissaient de l’alcool gratuit à volonté. (C’est d’ailleurs pas mal la seule fois que j’ai fait ça. Et si je me rappelle bien, c’était le club à Jacques Villeneuve, ce qui est d’autant plus pitoyable.)

dancingOn avait beaucoup de plaisir. On dansait un peu n’importe comment, entre nous, pour rire. Nous n’étions carrément pas à notre place mais on voulait en profiter quand même.

Puis là, dans la foule, je reconnais Moronie. Ma meilleure amie la connaissait aussi, elle avait fait le primaire et le secondaire avec elle.

Ne pensant qu’à bien, on se dirige vers elle avec le sourire. On était sincèrement contentes de la croiser là, par hasard.

Elle nous reconnaît. On échange quelques mots. Et moi, dans ma grande naïveté, pour lui montrer que j’avais fait la paix avec l’épisode plus haut, je lui prends la main dans l’intention de la faire tournoyer.

Violent mouvement de recul de sa part.

Puis elle me lance, hargneuse: « Touche-moi pas. Dégage. Je suis pas lesbienne. »

Et elle nous a plantées là. J’étais sous le choc. Je n’en revenais pas. Je ne comprenais pas…

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Il y a quelques semaines. Âge réel: 22 ans.

Ma meilleure amie me dit qu’elle a eu des nouvelles de Moronie. Qu’elles ont parlé de faire un souper où on pourrait réunir notre ancienne gang. (On était 4 à se tenir ensemble au secondaire, avant le premier épisode.) Elle me raconte que Moronie était d’accord avec l’idée mais qu’elle avait spécifié que si ça se faisait, il ne fallait pas que je sois présente. Ben en fait, je pense qu’elle avait plus présenté ça comme: « D’accord. Mais si Noisette vient, moi, je ne viens pas. »

Je doute que c’est parce qu’elle avait honte de ses actes qu’elle a émis une telle condition. Cette fille m’apparaît carrément homophobe.

Mon amie, un peu ébranlée, m’a dit que finalement, ça lui avait donné le goût de laisser tomber.

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Ce matin. Âge réel: 22 ans.

Ma meilleure amie m’annonce en coup de vent, sur MSN, qu’elle a parlé à Moronie récemment et que celle-ci l’avait invitée à souper.

En gros, j’ai répondu: « Eh ben… »

Et elle de me dire qu’elle me raconterait tout ça ce soir (puisqu’on se voit effectivement ce soir).

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Je ne veux pas faire le procès de personne, là.

Mais je pense que j’ai le droit d’être fâchée.

Révoltée.

Ma meilleure amie est loin d’être une mauvaise personne. En fait, je ne vois que de la bonté chez elle. De la gentillesse. Il n’y a aucune once de malice chez cette fille-là. Et encore moins de méchanceté. Je dirais même qu’il y a une certaine candeur chez elle qui me fait toujours sourire.

N’empêche que j’ai hâte qu’elle m’explique.

J’ai vraiment hâte qu’elle m’explique.

Parce qu’avec tout ce flot de souvenirs qui sont remontés dans ma mémoire suite à cette annonce, disons que je suis en train de passer une très mauvaise journée…

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Nous sommes en 2008. Presqu’en 2009.

Je pensais que tout le monde savait maintenant qu’une orientation sexuelle, ça ne s’attrape pas. C’est pas comme la grippe.

Même ma grand-mère de 82 ans, qui va à l’église tous les dimanches, elle sait ça. Puis ma grand-mère, elle n’est pas homophobe.

Mais Moronie, elle, à 22 ans, elle ne sait pas ça.

Moronie faisait pourtant preuve d’ouverture quand il s’agissait d’homosexualité masculine. D’ailleurs, elle rêvait tellement d’avoir un ami gai. Parce qu’avoir un ami gai, c’est cool. C’est hip. C’est fashion.

Tsssssssssssss.

Thème Panorama par Themocracy