Catégorie : Société

Les chômeurs, ces malappris!

Par Noisette Sociale, 9 août 2010 15:23

Je suis de nouveau chômeuse. La dernière fois, ça avait duré deux semaines et j’avais été rappelée mais là, je pense que c’est pour de vrai. Mon aventure dans la grande tour est terminée pour de bon et ce, depuis vendredi le 30 juillet dernier à 17h02.

Quand on passe dans la joyeuse catégorie des « sans emploi », le regard des autres sur nous est assez différent.

J’avais un ami – qui mérite aujourd’hui le plus grand mépris mais tout de même – qui avait un emploi saisonnier et qui connaissait les joies du chômage. Son emploi saisonnier était en réalité un emploi d’été conçu pour des étudiants mais comme il n’avait pas de fierté… (Ça y est, je me défoule.) Bref, il savait déjà depuis longtemps à quel point le regard se durcit, parfois presque imperceptiblement, quand on annonce qu’on est sans emploi, ou à la recherche de. Lui, il était rendu au point où il ne voulait plus rencontrer de nouvelles personnes car il anticipait trop la question : « Que fais-tu dans la vie? »

En tout, je cumule maintenant trois semaines de chômeuse et je comprends déjà un peu le sentiment.

L’autre jour, j’appelle chez Desjardins parce que j’avais pris une assurance carte de crédit au même moment où j’avais signé ma demande pour avoir une Visa. Cette assurance, au coût de 7$ par mois, me promettait de payer mon solde en cas de perte d’emploi, à condition bien sûr que je ne perde pas mon emploi pour cause de mauvais comportement. Donc, je tombe sur une gentille téléphoniste dont le ton s’est tout de suite durci quand elle a su la raison de mon appel.

Honnêtement, après avoir dit que j’appelais concernant cette assurance parce que j’avais perdu mon emploi, je me sentais comme un chien errant. Un ton dur, bête et saccadé pour m’expliquer que dans 30 jours, j’aurais bien des paperasses à remplir et à faire remplir à mon ex-employeur, merci bonsoir.

L’autre jour, j’étais à la caisse d’un magasin à grande surface qui faisait un genre de mini-sondage sur la clientèle. La jeune demoiselle me demande : « Quel est votre métier? » Et moi de répondre : « Euuuuuuuuhhh… chômeuse? » Regard. Malaise. Petite toux. Me donne ma facture. Merci bonsoir.

La tendance est insidieuse. L’autre soir. Une soirée pas pire humide. Petite discussion dans la chambre à coucher à savoir si on laissait la fenêtre ouverte, si on mettait le ventilateur, le dés-humidificateur ou l’air climatisé. Pour avoir le dernier mot, mon chum me lance : « Ben, vu que MOI je travaille demain, me semble que je devrais avoir le dernier mot. »

Ce n’était pas dit méchamment, même qu’il avait un petit sourire en coin et un regard moqueur mais ça m’a donné un coup. Je me suis dit : « Eh merde, on en est déjà là. »

Heureusement, je ne me suis jamais définie par mon travail alors mon malaise devrait passer. ;)

Vie de meuf

Par Noisette Sociale, 5 août 2010 11:06

On connaissait déjà Vie de Merde.

Aujourd’hui, je vous présente Vie de Meuf qui est une initiative du réseau Osez le féminisme. J’ai découvert ça il y a une semaine ou deux et je suis estomaquée depuis, à raison de plusieurs fois par jour, par les anecdotes que je peux y lire.

Voici un échantillon pour vous donner une petite idée :

Petite mais très sportive, j’ ai 17 ans quand je décide de postuler au job d’été de rêve : balader des touristes dans des barques. J’arrive à l’Office du tourisme avec ma lettre de motivation. On me rit au nez  » Mais attendez, nous on veut de solides gaillards  » Mon frère, véritable loque de canapé toujours scotché devant son PC a quant à lui décroché le même poste cette année, sans même avoir besoin de se déplacer.#viedemeuf

Aujourd’hui, dernier jour de stage en traduction. Je fais donc le bilan avec mon boss. Nous discutons de mon projet professionnel. Et là il me dit : « C’est mieux d’être traducteur free lance avant d’être chef de projet pour se lancer. Et puis bon, pour vous, en tant que femme, je veux dire, c’est plus simple, on travaille chez soi, on s’occupe de ses enfants, En attendant que votre mari rentre à la maison le soir, vous pouvez s’occuper en faisant des traductions ! »
Je ne vais pas trop regretter ma boîte… #viedemeuf

J’apprends durant mon stage que je dois participer à une réunion importante et je passe 2 jours à étudier le dossier à fond. Confiante, je m’y rends accompagnée d’un autre stagiaire à qui j’ai proposé de venir pour écouter. Sauf que pendant une heure, ce n’est pas à moi mais à lui que tout le monde s’adresse, malgré son embarras et son insistance pour dire qu’il n’y connaissait rien! #viedemeuf

Je suis médecin, je remplace un confrère en cabinet médical.
Appel d’un patient : « Quoi ? Le Docteur F. est parti en vacances !
Sans attendre le résultat de mes examens ! Et en plus, sa remplaçante est une femme ! »
Je jette un Å“il à son dossier : il est élu municipal sur la liste socialiste… #viedemeuf

Ayant fini première commerciale le mois dernier, loin devant mes collègues en majorité masculins, je reçois un appel d’un d’entre eux :  » Mais comment t’as fait ? J’veux dire, t’es qu’une fille! #viedemeuf

Le jour de ma soutenance de mémoire de master, je portais une chemise et un pantalon. La première phrase d’un des professeur qui composait mon jury a été « Vous auriez quand même pu vous habiller plus sexy! » #viedemeuf

Je pourrais continuer longtemps comme ça. Il m’a été difficile de faire une sélection car toutes les anecdotes sont plus scandaleuses les unes que les autres.

Mon premier commentaire sur le site était un peu naïf. Je ne me rappelle plus sur quel billet je l’ai fait et puis il y a dû en avoir au moins 200 autres depuis mais en gros, je m’étonnais de la grosse disparité qu’il semblait y avoir entre la France et le Québec. Parce que c’est bien connu que le machisme est encore mieux toléré là-bas qu’ici.

N’empêche, je serais curieuse de faire l’expérience ici. Si on ouvrait un site de ce genre, je me demande si on récolterait autant de témoignages par jour. Parce que bien que je crois personnellement (sans preuve empirique, remarquez) que le problème est moins présent ici, force est d’admettre que la misogynie est loin d’être enrayée sur notre territoire. D’ailleurs, il ne faut pas chercher bien loin la raison première qui me motive à poursuivre des études au sein du certificat en études féministes : J’ai moi-même été élevée en partie par un misogyne alpha qui mériterait un doctorat honorifique dans ce domaine.

Pensez-vous que le phénomène est aussi présent ici?

Peut-être est-il plus sectorisé?

Suis-je naïve?

[Cette réflexion sera appelée à être poursuivie plus tard.]

In your face

Par Noisette Sociale, 28 juillet 2010 10:56

La scène se déroule à l’intérieur d’un commerce bien connu pour vendre des beignes et du café. Elle met en vedette deux protagonistes principaux,un figurant et une observatrice (moi-même). On va les appeler Quidam, Ned et Ti-Cul.

Ned est, semble-t-il, un individu qui a l’anglais comme langue maternelle. Ça fait plus d’un an que je lui jase de ce que je mets dans mon café à tous les matins (ou presque) et je ne m’en étais jamais douté.

Ti-Cul, c’est le petit nouveau dans l’établissement.

Quidam, c’est le client qui était de mauvaise humeur ce matin.

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J’attendais sagement que l’on prépare mon bagel blé et miel avec beurre et fromage à la crème s’il vous plaît quand j’ai entendu Quidam faire le mariole et insulter mon Ned préféré. Ned l’ignora superbement et l’anecdote aurait pu se terminer ici.

Ti-Cul tente maladroitement une stratégie de complicité et d’intégration vis-à-vis Ned en lui baragouinant quelque chose d’incompréhensible dans la langue de Shakespeare.

Je lève les yeux au ciel et je soupire de façon presque imperceptible.

Et Ned de lui répondre sèchement :

« Pourrais-tu me parler en français s’il te plaît? Parce que je n’ai rien compris de ce que tu m’as dit. »

Et vlan!

J’ai quitté l’établissement quelques instants plus tard avec le sourire aux lèvres en me demandant tout de même : Combien de Ned ça va prendre pour rappeler aux Ti-Culs de ce monde que le français est non seulement la langue officielle du Québec mais également la langue de travail?

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Parce que je sens que je devrai le préciser : Oui je parle anglais. Je suis presque parfaitement bilingue (à l’exception de l’accent) et j’ai eu beaucoup de plaisir à pratiquer ma langue seconde aux États-Unis cet été.  ;)

Merci, Alain Lefèvre

Par Noisette Sociale, 30 juin 2010 12:39

Ce matin, une copine a posté un lien sur Facebook qui menait au plus récent article de Richard Martineau intitulé « La deuxième mort d’André Mathieu« .

Extrait (en parlant d’Alain Lefèvre) :

« Mais il y a deux semaines, quand je l’ai rencontré chez des amis communs, Alain avait l’air abattu.

«Ils m’ont eu, m’a-t-il lancé, la voix éteinte. J’arrête de parler d’André Mathieu, je tourne la page, ils ont gagné…»

Quelques jours plus tard, il répétait la même chose à Michelle Coudé-Lord : «C’est fini, je ne suis plus capable…»

Après des années à porter l’oeuvre d’André Mathieu à bout de bras, des années à travailler d’arrache-pied pour tirer ce compositeur de l’oubli et lui redonner la place qu’il mérite, nous le redonner À NOUS, Lefèvre déclare forfait.

Il est écoeuré de se faire dire qu’il se fait du capital sur le dos de Mathieu, qu’il radote, qu’il nage en plein délire, qu’il tente de faire passer un pianiste mineur (pour ne pas dire minable) pour un génie incompris… »

Inutile de vous dire que j’ai eu le coeur serré en lisant ce passage en particulier et que la révolte s’est installée tranquillement dans tout mon être.

escalier-piano-66J’ai déjà mentionné (ici et ici) tout l’amour que j’éprouve envers le compositeur André Mathieu et j’aimerais redire ici que cet amour, je le dois tout d’abord à Alain Lefèvre qui s’est battu pendant très longtemps pour nous le faire connaître à sa juste valeur.

Sans le combat d’Alain Lefèvre, l’oeuvre d’André Mathieu ne se promènerait pas un peu partout à travers le monde actuellement, je n’aurais jamais pris connaissance de son existence et probablement que plusieurs d’entre vous non plus.

Vous savez ce qui joue en boucle dans mon iPod ces jours-ci? La bande sonore du film l’Enfant prodige qui porte justement sur la vie d’André Mathieu.

Je prends la peine de le répéter encore aujourd’hui parce que c’est important. Parce que je suis extrêmement reconnaissante. Parce que je pense que c’est plus que pertinent de nous rappeler que la musique classique, ça fait aussi partie de notre culture et de notre Histoire.

Je suis fâchée aujourd’hui parce que le traitement qu’on réserve actuellement à Alain Lefèvre, tel que rapporté par Richard Martineau, c’est non seulement ingrat mais c’est méprisable au plus haut point.

J’ose espérer qu’un jour, nous aurons du respect pour ceux qui se battent quotidiennement pour nous rendre moins ignorants.

Merci Alain Lefèvre. Je souhaite sincèrement que ce découragement sera passager et que la cause triomphera des mauvais esprits.

p.s. : Sur une note plus joyeuse, Alain, si vous tombez sur ce billet par la magie de Google, sachez que ce serait un grand honneur de pouvoir vous dire un « merci » des plus sincères en personne pour tout ce que vous avez fait. L’impact est plus grand que vous ne pourriez le croire.

p.s.2 : Ben quoi? Une fille s’essaie. ;)

Le travail est un sujet tabou

Par Noisette Sociale, 28 juin 2010 11:05

On va se dire les vraies affaires : Vos anecdotes de travail, à moins d’être vraiment absurdes et/ou complètement éclatées, ne m’intéressent pas. Particulièrement si vous travaillez dans un bureau.

Je tiens probablement ça de mon père. Lui, dès qu’on commence à parler du travail, il soupire et il lance : « Osti, on pourrait pas parler d’autre chose? » Lui, ce qui l’intéresse, c’est si on aime ce qu’on fait. Si ce n’est pas le cas, on a juste à changer et voilà un autre problème de réglé.

Je me rappelle, il y a quelques années de ça, quand ma mère a décidé de retourner sur le marché du travail après une pause de près de 20 ans. C’est tombé à peu près en même temps que mon père qui débutait un long congé de maladie qui s’est transformé en invalidité. Elle redécouvrait les joies d’avoir une vie sociale et professionnelle et chacun de nos soupers familiaux était le théâtre de chaque péripétie de la journée de travail passée. Son enthousiasme était plus que compréhensible compte tenu des circonstances mais je pense, sans vouloir être méchante, que c’est cette année-là que le travail a été brûlé pour de bon dans la liste des sujets de conversation qu’on peut avoir avec moi.

Pour ma part, j’essaie d’en parler le moins possible parce que je suppose que ce que je fais entre 9h et 17h et avec qui j’ai ri près de la machine à café vous emmerde tout autant.

Malgré tout, ma tendre moitié persiste à m’entretenir de ce sujet honni.

Je connais tous ses collègues de travail par leur p’tit nom sans même les avoir rencontrés. Je connais les marches à suivre pour à peu près n’importe quelle demande.

Je sais que si je lui demande s’il peut prendre deux journées de congé à quelque part au mois d’août, je n’aurai pas droit à un simple : « Je vais voir si c’est possible. »

J’aurai plutôt droit au long exposé et à l’autre démonstration que malgré le fait qu’il travaille dans le privé, tout est 100 fois plus compliqué qu’au gouvernement.

« Il faudra que je demande à A qui en parlera à B qui en glissera un mot à C. Ensuite, C, D et E vont se rencontrer dans un bureau pour en discuter avant d’envoyer ça par écrit au comité d’approbation et au bout de tout ça, A devrait me revenir avec la réponse. »

Putain de merde.

Pour chaque demande, c’est toujours aussi compliqué sinon plus et ensuite il se demande pourquoi je lève les yeux au ciel dès qu’il débute son baratin.

Je sais que pour la plupart des gens, c’est normal de discuter de sa journée de travail à l’heure du souper. Après tout, on passe généralement près de 40h par semaine au boulot. Probablement bien plus que le temps qu’on passe à la maison si on oublie le temps qu’on y dort.

On devrait faire une révolution et transformer toutes nos heures de travail en visites au musée, dans des expositions, dans des spectacles culturels divers, dans des sorties éducatives, n’importe quoi. Puis je prescrirais la lecture du journal à ceux qui seraient déjà en panne d’inspiration.

Là, on aurait des choses intéressantes à se raconter!

Mort au travail!

:-P

C’est pas pour être parano mais…

Par Noisette Sociale, 14 juin 2010 11:00

La plupart du temps, j’aime vivre à mon époque. J’aime mon MacBook, les nouvelles technologies et toutes les nouvelles façons de communiquer. Le web 2.0. Puis le blogue qui m’a fait découvrir un monde infini de possibilités.

Mais il y a certains petits détails qui me font détester mon époque. Je ne sais pas si ça va s’estomper ou empirer avec le temps.

Anecdote : Hier, en fin d’après-midi, j’étais à la maison. Dans mon salon plus précisément. J’avais enfilé de magnifiques shorts en coton ouaté (pas gris par contre parce qu’il y a quand même des limites!) et une camisole à la coupe qui laissait à désirer. L’Amoureux, me trouvant probablement belle en toutes circonstances, m’offre gentiment d’aller lire sur le balcon qui a pignon sur rue.

Extrait de conversation:

Moi : Ah non, si on va sur le balcon, je vais aller me changer.

Lui : Tu vas quand même pas aller te changer juste pour aller lire sur le balcon??? T’es bien correcte comme ça!

Moi : Je n’ai pas envie de prendre de chance d’être prise en photo par le biais d’un téléphone cellulaire et de me ramasser sur un des trop nombreux sites où tu peux rire du monde mal habillé.

Lui : Ouin…

Je hais notre époque parce qu’elle encourage, peut-être malgré elle, l’imbécilité. Les gens prennent tout en photo avec leur téléphone cellulaire sans penser plus loin que le bout de leur nez. On commercialise la méchanceté.

Je pense entre autres à un blogue qu’on a probablement tous visité un jour ou un autre qui s’appelle « People of Wal-Mart ». (Je ne mets pas le lien parce que.) On y trouve des photos de gens qui ont été prises à leur insu dans un Wal-Mart où ils affichent un look vestimentaire qu’on pourrait qualifier de douteux. Mais de quel droit ?

Je hais notre époque car elle encourage la délation à outrance.

Les populistes de droite (pléonasme!) nous ont tellement entré dans la tête que tous les travailleurs du secteur public sont des paresseux qu’on se lance dans une espèce de chasse à l’homme. On essaie de trouver ceux qui dorment, ceux qui ont l’air de se tourner les pouces et ceux qui jasent un peu trop longtemps près de la machine à café et on les prend en photo à leur insu. Il semblerait qu’il existe un site dédié à ce genre de photographies à Toronto.

Ah oui, vous allez me dire que lorsqu’on est irréprochable en tout temps et en toutes circonstances, on ne devrait rien craindre. Jusqu’à ce que vous sortiez les poubelles en catimini un vendredi matin avec un pyjama aux couleurs discutables.

Je hais notre époque car la notion de respect devient de plus en plus floue.

Je me rappelle d’une époque pas si lointaine où quand je voyais un bonhomme en train d’arroser son asphalte avec des bas dans ses sandales, je me contentais de lever les yeux au ciel. Je ne le prenais pas en photo cachée derrière un arbre.

Je me rappelle d’une époque où quand je voyais des gens se battre en pleine rue, j’appelais les secours. Je ne les filmais pas pour aller mettre le vidéo sur YouTube.

Je me rappelle d’une époque où quand je voyais le changeur du métro somnoler un peu, j’esquissais un sourire et je me mêlais de mes affaires. Je n’envoyais pas sa photo à la STM.

Nous avons des outils absolument fantastiques à notre disposition. Il suffit simplement de réapprendre à les utiliser à bon escient.

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Il se pourrait que vous ayez trouvé un peu de mauvaise foi dans ce texte. ;)

Féministe

Par Noisette Sociale, 3 mai 2010 11:47

C’était il y a un an ou deux, je ne le sais plus exactement. Je suis très mauvaise avec les indices de temps.

Il y avait Laurence qui me passait en entrevue en tant que blogueuse pour son doctorat qui porte sur les blogues personnels féminins québécois.  Elle m’a demandé depuis combien de temps je bloguais, quelles étaient mes motivations, quels étaient mes thèmes centraux, etc. On a couvert un large éventail de sujets dans lesquels je me sentais à l’aise… Arrive alors vers la toute fin une question. Je ne me rappelle plus de la formulation exacte mais c’était quelque chose comme :

« Quelle place occupe le féminisme pour toi en [année]? »

Ou c’était peut-être plus simple encore : « Te considères-tu féministe? Pourquoi? »

Je me souviens que j’ai figé. Littéralement. J’ai dû cafouiller une niaiserie légendaire. Je ne sais pas ce que j’ai répondu exactement mais je me rappelle très bien qu’au fur et à mesure que je répondais, j’avais honte de moi-même, honte de ne m’être jamais posé la question, honte de ne pas avoir développé d’opinion sur le sujet. J’ai eu honte au point de ne pas avoir osé lire cette partie de la transcription d’entrevue qu’elle m’a envoyé par la suite.

Pour une fille qui se prétendait conscientisée, c’était vraiment pas fort.

Heureusement, je ne me suis pas arrêtée au simple fait d’avoir honte et j’ai décidé d’en parler avec des gens autour de moi. Ça n’a pas été long que je me suis rendue compte que j’étais féministe convaincue avant même de le savoir. Que dans le fond, pour moi, ça allait de soi.

jsf_badge_125Je me suis abonnée à l’excellent blogue collectif « Je suis féministe » et je suis une fan finie. Ces filles-là abordent à peu près tous les sujets avec une plume sensible et intelligente.  J’aime particulièrement les billets qui portent sur des anecdotes du quotidien qui nous démontrent à quel point, mine de rien, il y a encore beaucoup de chemin à faire pour les femmes dans notre société.

J’ai commencé à affirmer haut et fort que j’étais féministe. Je n’ai pas honte du terme, d’ailleurs, je me suis toujours demandé pourquoi ce mot avait trop souvent une connotation négative dans l’imaginaire collectif.

Mon coming-out (un autre!) a bien sûr amené à mon moulin quelques autres sources de découragement. Comme par exemple, quand j’affirme que je suis féministe devant une autre femme et que celle-ci me répond la fameuse phrase toute faite entendue trop souvent et dont je cherche encore l’origine :

« Ouin ben le mouvement féministe a du bon mais il a nui pas mal, aussi, des fois. »

Là, je réponds : « Ah oui? As-tu un exemple de la façon dont ça a nui? »

Silence radio. Parfois, elle tente de se rattraper en disant : « Je n’ai pas d’exemple là, là… mais il me semble que. »

D’accord.

Il y a aussi un type de discours qui m’indifférait alors et que je trouve franchement insignifiant aujourd’hui. Comme par exemple, quand un commentateur sportif est invité à l’émission « Tout le monde en parle » et qu’il dit de façon quasi-larmoyante que les pauvres hommes québécoise ont été castrés par le mouvement féministe et qu’à cause de ça, ils sont complètement perdus aujourd’hui.

Ou plus aberrant encore : Quand on sous-entend que si les garçons ont plus de difficulté à l’école aujourd’hui, c’est à cause des féministes.

Je ne sais pas pourquoi mais au Québec, on a souvent tendance à croire que tous les combats sont contre quelque chose plutôt que pour une chose. Que les souverainistes se battent contre les Anglais plutôt que pour la cause. Ou que les féministes se battent contre les hommes plutôt que pour le droit des femmes à l’égalité.

Quand on dit que les femmes gagnent encore souvent moins cher que les hommes, c’est une réalité.

Quand on dit qu’il y a des employeurs qui hésitent à engager des femmes dans une certaine tranche d’âge de peur qu’elles tombent enceintes, c’est une réalité.

Quand on dit qu’il n’y a aucun droit d’acquis, c’est une réalité. Il n’y a qu’à suivre l’actualité pour voir que le droit à l’avortement est loin d’être quelque chose d’acquis par le temps qui courent pour s’en rendre compte.

Peu de femmes à qui j’ai parlé dernièrement savent que le Québec a été la dernière province canadienne à accorder le droit de vote aux femmes. C’était en 1940…

Je vous annonce fièrement, pendant que nous y sommes, que je débuterai à l’automne un certificat en études féministes. Je pense qu’on aura l’occasion de s’en reparler. J’ai tellement hâte qu’en écrivant ces lignes, j’en ai des frissons. Je sens que c’est le plus beau cadeau que je pouvais m’offrir à cette période de ma vie.

À suivre… ;)

Une commission d’enquête sur la nomination des juges?

Par Noisette Sociale, 13 avril 2010 18:49

J’ai toujours dit que Jean Charest était un homme intelligent.

Ce matin, il réagissait, en conférence de presse, aux propos de Marc Bellemare qui avait fait des révélations-choc à l’excellent journaliste Alain Gravel au sujet du trafic d’influence qui règne au sein du PLQ. Jean Charest a très bien joué son rôle de politicien soit disant intègre en disant que ça le « blessait énormément » et qu’il allait recommander, dès demain, une commission d’enquête publique sur la nomination des juges lors de son conseil des ministres.

Je n’ai rien contre la commission d’enquête mais on sait très bien qu’elle servira à faire un très grand nuage de fumée pour faire oublier tout le reste.

Pourquoi Jean Charest n’était-il pas blessé au point de faire une commission d’enquête publique sur l’industrie de la construction quand il a été accusé à maintes reprises de corruption ? On la réclame encore, celle-là, par ailleurs.

C’est pas insultant d’être associé d’aussi près à la mafia?

J’aimerais aussi que cette commission ne nous fasse pas oublier la médiocrité du ministre Tomassi dans tout le dossier des garderies.

Il faudrait se rappeler également du dernier budget avec la taxe santé. Il y a encore trop peu de signatures d’enregistrées, d’ailleurs, sur la pétition disponible à cet effet sur le site de l’Assemblée Nationale.

Oh oui, je sens que je vais me répéter souvent dans les prochaines semaines, les prochains mois et peut-être même dans les prochaines années. (À moins que Charest n’ait la décence de démissionner d’ici là.)

Je vais me répéter dans l’espoir que pour une fois, le « Je me souviens » inscrit sur nos plaques de char, ça veuille dire quelque chose.

Apprendre tranquillement la diplomatie

Par Noisette Sociale, 10 mars 2010 07:04

Avant, quand quelqu’un me racontait qu’une personne X lui tapait sur les nerfs, je lui demandais effrontément : « Ben pourquoi tu ne le lui dis pas? »

C’était l’époque où j’étais une championne pour dire à ceux qui me pourrissaient l’existence qu’ils me la pourrissaient et je trouvais que c’était la meilleure méthode pour avoir la paix.

Quand j’ai commencé à croiser ces gens-là dans d’autres contextes, je me suis mise à réfléchir et à me dire que le monde était tellement petit que ça ne serait pas impossible qu’un jour, ces personnes-là à qui j’aurais dit de façon très crue qu’ils étaient des parasites, je les recroise. Peut-être même qu’à un moment donné, y’en a un(e) qui va me passer en entrevue pour Ze job.

N’empêche qu’au moment où j’ai commencé à écrire ces lignes, j’avais juste envie de dire à ma voisine: « Tu sais, c’est à cause des personnes comme toi que je suis devenue asociale. »

Ou encore, plus simple : « Ne me parle plus jamais. »

Ou la version plus élaborée grim : Sacrer le feu dans son maudit chapeau de sorcière et me sauver à dos de carcajou en hurlant des incantations sataniques.

Heureusement qu’il me reste ce blogue pour me défouler.

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Question boni : Pour vous, assister à des cours d’université avec un chapeau de sorcière sur la tête en guettant les réactions, c’est quêter de l’attention ou une excentricité?

Ma réponse boni : Je vous laisse deviner… (Oui, je sais, la question était biaisée.)

Karim le chauffeur de taxi montréalais

Par Noisette Sociale, 27 janvier 2010 12:15

taxi-image1Ça fait environ deux ans que je fais appel occasionnellement aux services des chauffeurs de taxi à Montréal… Et ça fait environ deux ans également que je n’ai aucune chance avec les chauffeurs de taxi en question.

Je suis athée de mon état et bien que j’y fasse allusion parfois, ici ou ailleurs, c’est rarement un sujet que je vais choisir pour débuter une conversation. Allez savoir pourquoi, pour les chauffeurs sur lesquels je suis tombée par le passé, c’est comme si c’était écrit dans mon front parce que tous, sans exception, ont essayé de m’évangéliser sur le champ.

Ils étaient soit Témoins de Jéhovah ou membres de l’Église évangélique, la croix bien pendue au miroir et me sermonnaient sur ma non-croyance. Il y en a même un qui a déjà poussé l’audace jusqu’à me dire que j’allais clairement finir en enfer et je me demande encore aujourd’hui si je n’aurais pas dû porter plainte à la compagnie plutôt que de me contenter de rire aux éclats.

Je ne m’éterniserai pas sur le sujet de la foi chez les autres et de l’absence de celle-ci chez moi parce que ça pourrait rapidement devenir délicat et ce n’était pas mon intention aujourd’hui. J’ai plutôt envie de vous raconter une rencontre rafraîchissante avec Karim, le chauffeur de taxi exceptionnel.

Je quittais de gentilles personnes hier soir pour me diriger à la maison. En entrant dans le taxi, le chauffeur me demande si je reviens de chez des amis ou si je vais chez des amis. Je lui dis que je m’en vais chez moi et que ma journée avait déjà été assez remplie à mon goût. On fait connaissance un peu et comme à chaque fois que j’en ai l’occasion, je demande s’il connaît le sympathique Pierre-Léon que j’avais justement rencontré brièvement dans la soirée. Oui, il avait entendu parler et de fil en aiguille, on commence à parler de livres et de blogues.

Je lui révèle que je tiens moi-même un blogue. Il me demande de quoi je parle sur celui-ci. Je ne sais jamais quoi répondre à cette question-là mais je lui dis que grosso-modo, je touche un peu à tout : réflexions personnelles, politique, enjeux sociaux, etc.

« Ah! Tu dois parler des accommodements raisonnables, alors!

- Hum, non, pas vraiment. Mais… »

Le débat était lancé.

Les immigrants s’intègrent-ils bien à notre culture? Et pourquoi la langue française se porte si mal à Montréal?

Le temps à passé trop vite. Nous étions en train d’élaborer l’ébauche d’une réponse.

(Évidemment, je ne vous laisserai pas comme ça. À propos du français à Montréal, j’ai soutenu que le principal problème était les Montréalais francophones eux-mêmes car souvent trop contents de « pratiquer » leur anglais lorsque mis devant un anglophone. J’ai dit penser également que l’être humain étant un être généralement paresseux, il ne verra pas la nécessité d’apprendre une autre langue si on l’accommode sans cesse dans sa langue à lui. Que s’il existait des personnes de 80 ans à Westmount qui n’ont jamais été capables de prononcer un mot de français malgré le fait qu’ils ont toujours vécu à Montréal, c’est parce qu’on leur avait en quelque sorte permis de vivre en anglais.

Nous étions d’accord là-dessus et j’étais contente d’avoir trouvé un compatriote qui insistait pour se faire servir en français dans certains commerces montréalais, quitte à s’en aller si ça ne fonctionnait pas. Pour paraphraser Louis-José Houde, on essaie toujours de rappeler à certains où ils sont, c’est-à-dire dans un État francophone.)

Outre le débat qui était très intéressant, il y avait la présence d’une complicité instantanée, une espèce de chimie que j’ai connue trop peu souvent. J’ai su que c’était réciproque quand, avant de sortir de la voiture, il s’est tourné pour me serrer la main chaleureusement et pour me dire à quel point il était heureux d’avoir fait ma rencontre. Et moi donc!

On s’est promis de se retrouver pour débattre de ça ou de tout autre sujet d’actualité quand l’occasion se représenterait. On a échangé nos coordonnées et il m’a promis de venir faire un tour ici.  J’espère que j’ai bien rendu l’événement.

Tout ça pour dire qu’il y a des rencontres inattendues qui sont rafraîchissantes et qui font vraiment plaisir. En sortant de sa voiture, j’avais l’impression d’avoir fait le plein d’énergie pour une semaine.

Et la prochaine fois que j’aurai besoin d’un taxi, je saurai qui appeler en premier.

Merci Karim. :)

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