Karim le chauffeur de taxi montréalais
Ça fait environ deux ans que je fais appel occasionnellement aux services des chauffeurs de taxi à Montréal… Et ça fait environ deux ans également que je n’ai aucune chance avec les chauffeurs de taxi en question.
Je suis athée de mon état et bien que j’y fasse allusion parfois, ici ou ailleurs, c’est rarement un sujet que je vais choisir pour débuter une conversation. Allez savoir pourquoi, pour les chauffeurs sur lesquels je suis tombée par le passé, c’est comme si c’était écrit dans mon front parce que tous, sans exception, ont essayé de m’évangéliser sur le champ.
Ils étaient soit Témoins de Jéhovah ou membres de l’Église évangélique, la croix bien pendue au miroir et me sermonnaient sur ma non-croyance. Il y en a même un qui a déjà poussé l’audace jusqu’à me dire que j’allais clairement finir en enfer et je me demande encore aujourd’hui si je n’aurais pas dû porter plainte à la compagnie plutôt que de me contenter de rire aux éclats.
Je ne m’éterniserai pas sur le sujet de la foi chez les autres et de l’absence de celle-ci chez moi parce que ça pourrait rapidement devenir délicat et ce n’était pas mon intention aujourd’hui. J’ai plutôt envie de vous raconter une rencontre rafraîchissante avec Karim, le chauffeur de taxi exceptionnel.
Je quittais de gentilles personnes hier soir pour me diriger à la maison. En entrant dans le taxi, le chauffeur me demande si je reviens de chez des amis ou si je vais chez des amis. Je lui dis que je m’en vais chez moi et que ma journée avait déjà été assez remplie à mon goût. On fait connaissance un peu et comme à chaque fois que j’en ai l’occasion, je demande s’il connaît le sympathique Pierre-Léon que j’avais justement rencontré brièvement dans la soirée. Oui, il avait entendu parler et de fil en aiguille, on commence à parler de livres et de blogues.
Je lui révèle que je tiens moi-même un blogue. Il me demande de quoi je parle sur celui-ci. Je ne sais jamais quoi répondre à cette question-là mais je lui dis que grosso-modo, je touche un peu à tout : réflexions personnelles, politique, enjeux sociaux, etc.
« Ah! Tu dois parler des accommodements raisonnables, alors!
- Hum, non, pas vraiment. Mais… »
Le débat était lancé.
Les immigrants s’intègrent-ils bien à notre culture? Et pourquoi la langue française se porte si mal à Montréal?
Le temps à passé trop vite. Nous étions en train d’élaborer l’ébauche d’une réponse.
(Évidemment, je ne vous laisserai pas comme ça. À propos du français à Montréal, j’ai soutenu que le principal problème était les Montréalais francophones eux-mêmes car souvent trop contents de « pratiquer » leur anglais lorsque mis devant un anglophone. J’ai dit penser également que l’être humain étant un être généralement paresseux, il ne verra pas la nécessité d’apprendre une autre langue si on l’accommode sans cesse dans sa langue à lui. Que s’il existait des personnes de 80 ans à Westmount qui n’ont jamais été capables de prononcer un mot de français malgré le fait qu’ils ont toujours vécu à Montréal, c’est parce qu’on leur avait en quelque sorte permis de vivre en anglais.
Nous étions d’accord là -dessus et j’étais contente d’avoir trouvé un compatriote qui insistait pour se faire servir en français dans certains commerces montréalais, quitte à s’en aller si ça ne fonctionnait pas. Pour paraphraser Louis-José Houde, on essaie toujours de rappeler à certains où ils sont, c’est-à -dire dans un État francophone.)
Outre le débat qui était très intéressant, il y avait la présence d’une complicité instantanée, une espèce de chimie que j’ai connue trop peu souvent. J’ai su que c’était réciproque quand, avant de sortir de la voiture, il s’est tourné pour me serrer la main chaleureusement et pour me dire à quel point il était heureux d’avoir fait ma rencontre. Et moi donc!
On s’est promis de se retrouver pour débattre de ça ou de tout autre sujet d’actualité quand l’occasion se représenterait. On a échangé nos coordonnées et il m’a promis de venir faire un tour ici. J’espère que j’ai bien rendu l’événement.
Tout ça pour dire qu’il y a des rencontres inattendues qui sont rafraîchissantes et qui font vraiment plaisir. En sortant de sa voiture, j’avais l’impression d’avoir fait le plein d’énergie pour une semaine.
Et la prochaine fois que j’aurai besoin d’un taxi, je saurai qui appeler en premier.
Merci Karim.







Je trouve également qie ça ne connecte pas assez souvent intellectuellement entre les individus. Je fuie les conversations vides de sens, sans contenu intelligent.. Ton histoire me fait penser à une rencontre particulière que j’avais fait dans le métro. Un homme s’est assis près de moi et s’est mis à me parler. Il m’a dit qu’il était capable de voir mon aura et que j’étais un ange (WTF!). Il voulait mes coordonnées pour qu’on puisse discuter davantage et parce qu’il voulait être mon ami. J’ai décliné son offre et quand je me suis levée pour sortir à la station, il m’a dit: »Bon voyage, ait une belle vie. » T’as été plus chanceuse que moi en termes de rencontre fortuite!
@ La criminologue : C’est vrai que ça ne connecte pas souvent à ce niveau-là mais quand ça arrive, c’est trop génial!
Sinon, ça me fait rire ton anecdote parce que j’ai aussi une face qui incite toutes sortes de gens à me raconter plein de trucs dans le métro ou l’autobus. Parfois c’est pénible et parfois, c’est très drôle.
Récemment, en sortant du boulot, un itinérant m’a traitée de tapette. J’étais tellement médusée… mais ça fait un anecdote de plus dans ma banque. HA HA HA
Au plaisir!
@La crminologue: Ça me fait penser à quelque chose qui m’est arrivé en janvier. Je sortais dw la voiture pour aller au guichet Desjardins sur Berri, près de Ste-Catherine. Le bord de la rue ayant été mal déneigé, il s’était formé une couche de glace et je me suis retrouvé complètement étendu sur le trottoir. Une femme est arrivée à côté de moi, et m’a tout simplement dit: « tes cheveux blonds t’ont sauvé la vie! ». Puis elle est partie… J’étais complètement mort de rire, étendu sur la rue Berri!
C’est pour ça qu’on se met à bloguer: les esprits se rencontrent, on finit par s’associer avec qui on partage nos visions.
@ Richard Leboeuf-McGregor : Ben voyons donc!! J’ai tellement ri quand j’ai lu ton anecdote AHAHAH!!! Vive le blond alors
Ça fait vraiment du bien de lire quelque chose de positif!
Sympathique anecdote en effet. Je ne prends personnellement jamais le taxi, le chauffeur d’autobus est occupé et j’entretiens quelques élans misanthropiques, ce qui limite mes possibilités en ce qui a trait aux rencontres fortuites d’individu.
Mention spéciale, tout de même, au « chilleux » qui, jadis, est venu faire du social avec des camarades et moi-même alors que la voiture qui nous transportait avait cru bon de briser dans un stationnement, la roue avant droite appliquant un angle de 90 degrés qui a eu pour effet de nous freiner drastiquement. Bref, le type voit que nous sommes impertinents autour du véhicule problématique et se joint à notre malheur en participant à la rigolade, finissant bientôt assis dans la voiture avec nous parce qu’il faisant froid.
@ Richard : Ah, je suis tellement contente de savoir que tu viens encore ici!
Sinon, toi, il t’arrive toujours des trucs comme ça. On a un karma semblable, je crois. hé hé
@ Torrieu : D’ailleurs, je suis bien contente d’être tombée sur ton blogue ainsi que celui de « Libre sans Dieu »
@ Renart : De le vivre aussi
@ Dark Rémi : Tout une aventure, quand même! Mais ça peut parfois créer des moments vraiment sympathiques
Aventure particulière en effet! C’est certain que l’inattendu est susceptible d’agrémenter notre existences de surprises agréables et c’est pourquoi il faut éviter d’entretenir des préjugés; pour éviter de se couper de ces beaux moments.
Je me souviens avec un sourire intérieur de ce chauffeur de taxi qui discutait avec moi de la notion de péché dans la religion, vs l’idée de la prédétermination des choses dans le plan divin (le péché étant la preuve d’un certain libre arbitre), et qui pour illustrer son propos, me disait: « Supposez que je vous tue! », provoquant un malaise chez mon compagnon de course…
Pour paraphraser Georges Burns, ça va mal en politique parce que les seuls qui y savent vraiment quelque chose sont trop occupés à conduire des taxis ou à couper des cheveux…
Bien vrai, si le français se porte si mal, c’est à cause des francophones qui méprisent eux-mêmes leur langue et qui s’écrasent devant l’anglophone.
Suffit d’un anglophone dans un groupe pour que le groupe entier commence à balbutier en anglais.
Méritons-nous une langue?
Accent Grave
@ Dark Rémi oF DooM : Voilà ! Les préjugés, c’est nul.
@ Enkidu : Ouf, ce Georges Burns ne doit pas avoir eu les coiffeuses que j’ai eu pour avoir dit ça.
HA HA HA On se ramasserait avec des dirigeants issus de Loft Story, ça je peux te le dire.
@ Accent Grave : C’est absolument incroyable… mais vrai. La majorité s’adapte mieux à la minorité que le contraire. Enfin…
« Évidemment, je ne vous laisserai pas comme ça. À propos du français à Montréal, j’ai soutenu que le principal problème était les Montréalais francophones eux-mêmes car souvent trop contents de « pratiquer » leur anglais lorsque mis devant un anglophone. J’ai dit penser également que l’être humain étant un être généralement paresseux, il ne verra pas la nécessité d’apprendre une autre langue si on l’accommode sans cesse dans sa langue à lui. »
Belle contradiction.
@ Ober : Je ne vois pas de contradiction.