Le phénomène du junket

Par Noisette Sociale, 9 février 2010 12:23

Pourquoi les navets cinématographiques sont-ils encensés par la critique?

Pourquoi un album de reprises insipide reçoit-il de bons commentaires?

Pourquoi les blogueurs invités à une certaine soirée ont tous trouvé que la Molson M était une grande bière?

La réponse est bien simple :  C’est le phénomène du junket.

Mon cours de journalisme d’hier soir devait porter sur la rédaction de critique culturelle mais finalement, on a eu droit à un exposé fort intéressant, vindicatif et drôle où on nous a dit que les critiques culturels étaient tous une bande de vendus.

Je savais que le phénomène existait mais de pouvoir mettre un mot ou une expression dessus est toujours un réel plaisir pour moi et je me devais de partager ça avec vous.

Qu’est-ce que le junket?

Je n’ai pas trouvé de définition exacte donc je vais y aller avec ma propre interprétation. Un junket, c’est lorsqu’on invite un critique culturel à un événement et qu’on s’assure de bien le gâter. Pour une première de film à l’étranger, par exemple, on lui offrira le billet d’avion, l’hôtel, les repas et des soirées mondaines à profusion où il sera traité aux petits oignons. Le critique, pas plus fou qu’un autre, rédigera donc une chronique positive question de continuer à être invité dans ce type d’événement.

Un critique qui rédigerait une chronique négative suite à un junket sera mis sur une liste noire, ce qui rendra son métier beaucoup plus difficile et moins mondain.

Et moi, dans tout ça?

Il est clair que je crèverais de faim comme chroniqueuse culturelle. J’aurais de la difficulté à apposer ma signature au bas d’un article où j’aurais encensé quelque chose que j’ai trouvé foncièrement mauvais.

Je pense que le junket est à l’origine de la perte de crédibilité grandissante qui touche les critiques en général. C’est normal quand on sait que ceux qui donnent vraiment leur opinion sont ceux qui se font tasser.

Sur ce blogue, j’ai fait des tentatives de critiques sur des pièces de théâtre ou des spectacles de danse où j’ai été conviée. (Je dis tentative parce que je sais que ce n’est pas parfait.) On m’offre parfois des billets gratuitement en échange d’un texte ici. Je pense je sais que j’ai toujours été intègre. Quand je n’ai pas apprécié, je l’ai dit. Je trouve simplement que ce n’est pas nécessaire non plus d’utiliser des qualificatifs trop négatifs pour rien. Le « public » est capable de se faire une opinion par lui-même.

Ceci étant dit, ça me fera tout de même plaisir si vous voulez m’inviter dans un junket. J’aime bien les crudités, les sandwiches pas de croûte, les petites bouchées et l’alcool gratuit. Votre produit est mieux d’être intéressant, par exemple. ;)

16 commentaires “Le phénomène du junket”

  1. Tiens donc, ça me rappelle une histoire de balayeuse ça! ;)

    Ça a tellement l’air intéressant ton cours. Même si tu sais pas encore « exactement » ce que tu feras, c’est trippant de prendre des cours comme ça! Je ferais ça toute ma vie, si ce n’était pas une question de finance…

  2. @ La Fêlée : Je ne commente pas la première phrase. ;)

    Tu n’as pas idée combien le cours est intéressant… mais en fait, je ne sais pas si c’est le cours ou le prof qui est le plus intéressant mais ce qui est sûr, c’est que je ne regrette pas mes frais d’inscription. :)

  3. Même si la blogosphère est agonisante, ça reste quand même l’endroit où on est le plus certain de lire des trucs vrais.

  4. Isis dit :

    Le principe du junket peut s’appliquer à plusieurs milieux (docs invités par des pharmas, députés sur des bateaux, maire dans une pourvoirie ou chroniqueur automobile avec chars fourni à l’année longue…).

    Ceci dit, j’appuie Renart Léveillé et puis j’ai hâte de retourner à l’université! :-D

  5. @ Renart Léveillé : Tu parles pas des commentaires très « objectifs » sur la Molson M, toujours? :-P

    @ Isis : Oui, le principe du junket est partout… Je n’ai rien contre mais ça serait le fun si les gens étaient capables de rester intègres en tout temps. Mais ça, l’intégrité, y’a pas que lorsqu’il est question de parler d’un produit qu’on en manque. ;)

  6. @ Renart Léveillé : Ceci étant dit, j’y ai goûté dimanche soir et comme son goût avoisinait énormément l’eau, je trouvais qu’elle passait bien. HA HA HA

  7. La Voyageuse dit :

    Très intéressant!

    Ton texte m’a remis en tête un article que j’ai lu pour la radio. :)

    Voici le lien de l’article en question : http://technaute.cyberpresse.ca/nouvelles/internet/201001/29/01-944170-maman-blogue-inc.php

  8. [...] de l’écrire en commentaire à la suite d’un billet de Noisette Sociale au sujet du « phénomène du junket » : Un junket, c’est lorsqu’on invite un critique culturel à un événement et qu’on [...]

  9. @ La Voyageuse : Oui, il était plutôt bien fait, cet article. Et je pense un peu comme la dame qui est citée et qui dit : « Trop de gens ne bloguent pas avec intégrité, ne déclarant pas leurs liens avec certaines entreprises, par exemple. Je n’ai pas de problème avec ceux qui acceptent les cadeaux et voyages, en fait, pourvu qu’ils le déclarent. »

    L’intégrité, toujours.

  10. C’est un phénomène qui est effectivement triste et indéniable. Bien que toute personne offrant un produit de qualité aurait avantage à m’inviter à en faire la critique, bénéficiant par la même occasion de mon patriotisme et de ma fidélité, les médiocres seront punis. Par exemple, j’ai goûté à la Molson M et elle est environ au même niveau que la Coors Light dans mon coeur: Extrêmement médiocre, à ne consommer qu’en référant à ce vieil adage qui dit qu’à cheval donné, on ne regarde pas la bride. En contrepartie, bien que j’aie tendance à glorifier les micro-brasseries, je n’oserais dénigrer l’intégralité des produits Molson (ni Labatt d’ailleurs) puisque je suis un fier consommateur de Molson O’Keefe qui, tristement, a réduit le format de son caisson de 28 à 24 (il en va de même pour la Laurentide) et a fortement augmenté de prix. Si vous êtes un représentant Molson, commanditez moi et je redorerai le blason du Chevalier!

    D’un point de vue plus objectif et compatissant maintenant, je suis disposé à comprendre qu’une personne critiquant pour gagner sa vie puisse être plus encline à sombrer du côté obscur qu’une personne n’ayant concrètement rien à gagner à long terme, n’écrivant à ce propos que par loisir. La corruption règne dans tous les milieux mais ce sont ceux dont les mots atteignent la plèbe qui sont pointés du doigts, un peu comme ces groupes de musique dont le style change, délaissant les fans au profit du porte-feuille.

  11. @ DarK Rémi oF DooM : C’est vrai que la Molson M ressemble beaucoup à la Coors Light et dans les deux cas, j’aime bien en consommer parce que j’ai tendance à aimer les bières qui goûtent l’eau par les temps qui courent. HA HA HA Puis toi, je te soupçonne de boire de la O’Keefe et de la Laurentide juste parce que c’est épique. :-P

    Concernant le sujet principal, je comprends jusqu’à un certain point qu’on puisse être influencé par le junket. L’humain aime se faire gâter gratuitement. Par contre, sachant cela, je m’interroge sur la pertinence d’écrire une critique culturelle si c’est tout sauf une critique véritable…

  12. La O’Keefe et la Laurentide sont surtout viriles et succulentes. Je ne les consomme toutefois pas parce qu’elle sont épiques, mais n’en sont que plus épiques parce que je les consomme.

    Pour ce qui est de la critique, indépendamment du fait qu’elle soit biaisée ou non, je n’y ai personnellement jamais porté un grand intérêt. J’aime me faire une idée sur une Å“uvre X avant de payer pour en profiter mais je n’ai jamais laissé la critique prévaloir sur ma propre opinion. Qu’elle soit positive ou non, l’essentiel est d’en tirer les éléments informatifs et de prendre le reste avec un grain de sel.

  13. Il me semble que le Voir avait écrit un artcile à ce sujet, mais je ne me souviens plus qui. Peut-être Proulx (Steeve?) que je lis pas mal tout le temps quand je lis le Voir.

    En gros ça allait dans le même sens que toi si je me souviens bien, mais il me semble qu’on opposait critique professionnel à critique amateure. Mais, ça me revient et il me semble que c’est plutôt les amateurs qu’on achetait de la sorte et non les «pros», qui eux se plaignaient de cette pratique. Si c’est ça, dans le fond c’est très différent.

    Faudrait retrouver le dit artcile…Peut-être sur leur site web?

  14. Faudrait vraiment que je commence à me surveiller ici. Je suis habitué sur mon blog à poster et corriger par la suite….

  15. @ DarK Rémi oF DooM : Je ne porte pas un grand intérêt non plus à la critique sauf dans le domaine de la télévision et c’est surtout pour comparer avec mes propres impressions. Je fais juste dire que la critique n’en est plus vraiment une si la personne qui l’écrit est vendue d’avance. ;)

    @ Bakouchaïev : J’ai des noms de chroniqueurs culturels dans la tête que je pourrais donner en exemple, à la télé, mais je vais me retenir par respect pour ma profession. ;)

    Il ne faut pas généraliser non plus, je pense que ça dépend justement de la personne et du média en question.

    Sinon, moi aussi, j’ai tendance à publier et à me corriger après. On te juge pas. :)

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