La bisexualité : encore un sujet tabou
Hier soir, je revenais d’un souper gargantuesque chez un ami et je me préparais déjà à sauter dans mon lit. (Je ferais un très bon vieux mononc’ typique qui s’endort après les repas.) Bon, c’est un peu faux parce que la maniaque de télé que je suis devait absolument vérifier ce qu’il y avait de bon avant d’aller me coucher.
Surprise! TV5 diffusait un petit documentaire qui traitait de la bisexualité. Étant donné que le sujet me touche de près, je ne pouvais pas passer à côté.
C’était extrêmement intéressant… et un peu triste à la fois. On faisait mention de quelques artistes qui se sont affichés ouvertement comme bisexuels, on montrait des entrevues avec des bisexuels « ordinaires » qui nous racontaient comment ils s’étaient rendus compte qu’ils l’étaient et il y avait une section du documentaire où on demandait à des hétéros et à des homosexuels ce qu’ils pensaient des bisexuels. Vous vous doutez bien (ou peut-être pas) que ça ouvrait la porte à un buffet de préjugés les plus gros les uns que les autres.
On relatait également à quel point la bisexualité est quelque chose d’encore tabou dans nos sociétés. Si on commence à accepter assez bien l’homosexualité, il n’en est pas de même pour la bisexualité.
Dans le documentaire et dans la vie en général, j’ai souvent été peinée de voir que les réactions les plus virulentes contre la bisexualité proviennent surtout, et étrangement, des milieux gais.
On nous accuse de ne pas être « branchés », de ne pas s’assumer, d’être sorti du placard à moitié, de ne pas être « fiables », d’être plus « dangereux » parce qu’on avait un éventail de choix trop large pour commettre l’adultère, etc. … Finalement, on s’attire plus de méfiance que de curiosité et/ou de compréhension.
Je me souviens, à la fin de l’adolescence, j’avais envie d’explorer cette partie de moi. Je sentais que j’avais besoin de soutien. J’étais extrêmement mêlée. Je m’étais jointe à un groupe de discussion dans le Village (groupe que je ne nommerai pas car les choses ont peut-être changé) et je me souviens d’un soir en particulier où le sujet de discussion était la bisexualité. J’étais entourée de gais et lesbiennes et ça se défoulait furieusement contre le sujet plutôt que d’en discuter. Inondée de « arf, les maudits bisexuels », je n’ai rien dit de la soirée, à l’exception peut-être d’un rire timide échappé malgré moi.
Je vous en parle aujourd’hui parce que justement, je trouve qu’on n’en parle pas assez et que j’en ai un peu marre de toute cette méfiance et de ces préjugés.
On nous imagine souvent comme des êtres pratiquement sans âme (ça doit venir de notre « bon » fond judéo-chrétien) et qui ne pensent qu’à faire des trips à trois. D’ailleurs, si vous voulez connaître les péripéties d’une bisexuelle sur les sites de rencontre, je vous suggère vivement de cliquer ici.
Dans le cadre de la journée internationale contre l’homophobie, j’avais écrit un texte sur l’Allemande, une fille qui avait fait battre mon coeur et m’avait fait pleurer toutes les larmes de mon corps bien involontairement, à la fin de mon parcours à l’école secondaire.
Dans ce texte-là , je racontais que je ne m’étais pas vraiment posé de question sur mon orientation sexuelle avant de rencontrer l’Allemande. J’y repensais hier et je me suis rendue compte que ce n’était pas tout à fait vrai.
Je repensais entre autres au film de Batman avec le personnage de Mr Freeze (je sais, je sais, je vous vois d’ici lever les yeux au ciel) que mon frère avait reçu, version VHS, en cadeau. À tous les samedis matins (et les premiers temps, les dimanches aussi), il regardait son film et, plus souvent qu’autrement, j’allais le rejoindre. Je pense que lui aussi savait que ce n’était pas un excellent film. En réalité, il était plutôt hypnotisé par les apparitions à l’écran d’Alicia Silverstone. Il avait même un poster d’elle dans sa chambre et il n’arrêtait pas d’en parler.
Je l’écoutais en riant mais il y a une partie de moi qui était complètement perturbée. Parce que moi aussi, j’écoutais le film surtout pour Alicia Silverstone… et Chris O’Donnell… et Uma Thurman. Je n’y comprenais plus rien.
Pendant longtemps, je n’ai rien dit, sauf à des gens de confiance. Parce que… J’avais vécu une expérience un peu traumatisante en essayant d’en parler à celle que je considérais comme ma meilleure amie à l’âge de 15 ans. J’ai longtemps pris pour acquis qu’on ne parlait pas de ce genre de chose parce que visiblement, ça dérangeait.
Je sais que ce texte-ci est un peu brouillon mais c’est que j’ai la plume sensible et éparpillée quand je parle de ça. Parce que même aujourd’hui, ce n’est pas facile.
Pourtant, aimer des humains, ça ne devrait pas être trop difficile à comprendre. À accepter.
…
Je suis Noisette. Je suis bisexuelle. Et je m’accepte.
C’est déjà un bon début, non?






