Conte de Noël
Note : Il est possible que certains noms aient été arbitrairement modifiés.
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Il était une fois Mary.
Mary, c’est la dame qui travaille au petit café en bas, au boulot. Elle est fidèle au poste depuis 35 ans et des poussières. Elle est merveilleuse.
Mary, c’est le genre qui te demande ton nom la première fois que tu la rencontres et qui s’en rappelle. C’est aussi celle qui saura probablement mieux que toi-même ce que ton amoureux ou ton amoureuse aime boire le matin et comment il/elle aime le boire.
Pour être honnête avec vous, Mary, je ne la connais pas tant que ça. Mais elle, elle connaît bien tout le monde et puis j’ai rarement vu une personne faire autant l’unanimité à un endroit.
Résumons la chose en disant tout simplement qu’elle est géniale. C’est une perle.
Mary a connu plusieurs changements de garde au boulot mais les deux derniers ont été plus éprouvants.
Il n’est pas rare qu’une cafétéria change de concessionnaire de temps à autre. Parfois c’est pour mieux accommoder les clients. Plus souvent, c’est pour essayer de couper dans le gras déjà trop coupé. Bref.
Quand je suis rentrée à la Société, c’était Libre-Arbitre qui gérait la cafétéria et le petit café. Quelques mois plus tard, on a appris qu’un nouveau concessionnaire, appelons-le Équerre, qui allait prendre la place de Libre-Arbitre. Au départ, Équerre était réticent à ré-engager les employés de la cafétéria, dont Mary. Mais suite à une pétition largement signée à l’interne, Équerre a décidé de poursuivre l’emploi de la plupart des employés.
Le problème avec Équerre, c’est que ce n’était franchement pas mangeable. Les produits étaient souvent périmés et de mauvaise qualité. De jour en jour, la cafétéria était de plus en plus déserte.
Ça se passait assez bien par contre au petit café, là où Mary offrait toujours un service hors pair et un café préparé avec amour.
Il y a quelques semaines, nous avons appris que le groupe Équerre voulait se débarrasser du contrat les liant à la cafétéria. La chasse au traiteur a repris de plus belle. Libre-Arbitre a posé sa candidature et a finalement été retenu.
Nous étions plusieurs à être heureux de cette annonce parce que pour nous, ça signifiait un retour à une nourriture de cafétéria pas mal meilleure. Je faisais partie des naïves qui croyaient que ça n’aurait probablement pas d’incidence sur les employés de la cafétéria.
Erreur.
Hier, l’ensemble des employés de la cafétéria ont appris qu’ils perdaient leur emploi… et que leur dernier jour de travail correspondait à … aujourd’hui.
Mary ne fût pas épargnée. La plupart des autres employés étaient là depuis peu, certains depuis un an ou deux. Mais elle, ça faisait 35 ans de loyaux services. Elle était à un an de la retraite.
Hier, c’était un jour triste pour Mary. Elle avait peine à retenir ses larmes alors qu’elle servait le café à ses fidèles clients.
Le mot s’est passé assez rapidement. Tout le monde était dégoûté par la façon de faire de Libre-Arbitre. Comment pouvaient-ils refuser de ré-engager celle qui était encore leur propre employée il y a à peine un an?
J’ai envoyé des courriels à tous les gens que je connaissais, y compris les cadres. J’ai fait partie de ceux et celles qui ont incité les employés de la Société à envoyer des courriels de protestation à Libre-Arbitre ou à placer des appels. J’ai également envoyé un courriel au président de la Société pour lui faire part de mon indignation face à la situation et lui demander de faire son possible pour convaincre Libre-Arbitre de changer sa position face à Mary et aux autres employés. Il m’a répondu qu’il allait certainement faire part au traiteur de la réaction massive des employés.
Je suis sortie du boulot hier complètement révoltée.
Aujourd’hui, j’ai pris du temps dans mon rush de fou pour faire du suivi.
…
À 15h, j’ai appris qu’une représentante de Libre-Arbitre était venue en personne pour parler à Mary… et pour lui annoncer qu’elle serait ré-engagée.
Libre-Arbitre a reçu plus de 400 courriels et appels confondus concernant cette situation. Un groupe Facebook a même été créé, recevant l’appui en 24h de plus de 500 membres. Pour eux, c’était du jamais-vu. Il faut dire aussi que ça perturbait grandement leurs opérations…
Malheureusement, tous les employés de la cafétéria n’ont pas été sauvés. Par contre, Mary pourra travailler l’année qui lui restait avant de prendre sa retraite parmi nous, comme elle le souhaitait. Puis je pense qu’elle passera un bien meilleur temps des fêtes que prévu.
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Je voulais vous raconter cette histoire parce que moi, ça me fait du bien de voir que ça existe encore, des gens qui se mobilisent autour d’une cause qui leur tient à coeur. Dans ce cas-ci, la cause portait les couleurs de Mary.
Là on parle de sauver l’emploi d’une dame qui travaille dans un petit café.
Imaginez si on s’unissait pour quelque chose d’encore plus grand…
Je nous souhaite une année 2010 sous le thème de la solidarité.
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Ajout au 24 décembre 08h40 : Une autre version de ce conte de Noël sur Rue Frontenac.
Ajout au 27 décembre 12h49 : Un article chez Blogosphère Branchez-vous et la réaction de Mary filmée par Philippe Schnobb.






