Éloge de la lenteur
Il y a un bon moment déjà que j’avais commencé à ralentir.
Ça s’est amorcé il y a 3 ans quand mon interminable contrat avec une horrible compagnie de téléphone cellulaire est arrivé à terme. J’avais fini mon trip d’adolescente qui aimait bien parler fort au cellulaire dans l’autobus (ben oui, j’ai déjà été une tache de marde moi aussi) et j’étais un peu tannée qu’on puisse me joindre partout, tout le temps. J’avais l’impression d’être tenue en laisse.
Ensuite, je suis allée un peu plus loin.
J’ai décidé que je n’étais plus obligée de virer folle quand le téléphone sonnait à la maison. Si j’ai les deux mains dans le souper que je suis en train de préparer, je ne lance pas tout pour courir vers l’appareil qui me hurle d’aller répondre. Si je suis en train d’écouter quelque chose qui m’intéresse à la télé, je ne vais pas répondre brusquement au téléphone que je suis occupée et que je vais rappeler plus tard. Je rappelle tout simplement plus tard. Parce que c’est important de prendre le temps d’apprécier le moment présent… et parce que c’est important aussi d’accorder du temps de qualité à mon futur interlocuteur.
J’insiste sur le téléphone parce que pour moi, c’est un des symboles importants de la frénésie ambiante.
Récemment, j’ai lu le fameux livre de Carl Honoré. Éloge de la lenteur. Je vous invite à aller lire le résumé que j’ai mis en hyperlien parce que moi, je suis vraiment mauvaise pour faire des résumés de toute manière.
Ça serait gros de vous dire que ce livre a changé ma vie. En fait, ce livre m’a fait découvrir plein de belles initiatives que je ne connaissais pas, d’autres aspects de la lenteur au quotidien et surtout, surtout, a réussi à mettre en mots et en ordre toutes les idées qui se bousculaient dans ma tête. Ce livre devrait, à mon avis, être distribué dans tous les foyers occidentaux. Ça porte à réfléchir.
Le seul impact négatif qu’a eu ce livre dans ma vie, c’est que maintenant, je remarque bien plus les comportements des gens qui sont pris dans la spirale infernale du stress et de la vitesse et ça me fait parfois sentir comme une extra-terrestre.
Regardez-vous aller des fois, ne serait-ce que dans les gestes banals du quotidien.
- Quand je suis à l’épicerie et que je fais la queue derrière vous à la caisse… et que je vous vois scruter les caisses des alentours d’un air anxieux avec des mouvements impatients dans l’espoir que vous pourriez peut-être passer quelques secondes plus vite ailleurs, j’ai un sourire triste.
- Expérience vécue il y a deux fins de semaine : Quand je suis au magasin de chaussures avec mon fiancé et qu’on attend en ligne pour payer ses bottes d’hiver… et qu’une fille plutôt chiante derrière nous dit tout fort : « Câlisse, ça vous tenterait pas d’ouvrir une autre caisse pour qu’on passe plus vite? » et qui glisse tout de suite après à son amie à côté : « Faut leur dire parce que sont pas vite vite ce monde-là », j’ai le goût de tuer. Comme si c’était une urgence nationale de payer des fuck-me-boots!
- Quand je vois des maniaques zigzaguer en voiture dans le trafic et pratiquement grimper sur les trottoirs pour arriver quelques secondes avant vous… à la lumière rouge.
Le dernier point me ramène à hier soir, alors que les enfants essayaient de passer l’Halloween près de chez moi. Je vous jure que j’ai eu des fantasmes de « Festival de distribution de claques en arrière de la tête » ou encore de « Festival de je te tire par l’oreille et je te mets à genoux dans le coin ». On voyait très bien de chez moi la rue perpendiculaire à la nôtre qui est relativement passante. C’était plein d’automobilistes frustrés qui roulaient clairement au-dessus de la limite de vitesse et d’autres qui klaxonnaient furieusement les petites familles qui traversaient pourtant la rue au passage pour piétons.
Qu’est-ce qui pressait tant?
Qu’avons-nous fait pour créer de tels monstres? (Oh non, je ne lésine pas sur les mots.)
Notre société est malade.
(Si tout va bien, la suite demain.)






